Pourquoi Bruxelles ne peut-elle pas imposer ses préférences sur un marché de bus financé en partie par des acteurs européens ? Dès l’ouverture, un point s’impose : le Sénégal maintient que l’appel d’offres pour 380 bus à gaz naturel comprimé à Dakar est examiné uniquement sur des critères techniques et financiers, tandis que plusieurs responsables européens reconnaissent eux-mêmes les limites de leur marge de manœuvre.
Voici ce qui est confirmé à ce stade. Le ministre des Transports, Yankhoba Diémé, affirme que les autorités sénégalaises appliquent exclusivement les critères prévus dans les documents d’appel d’offres, à égalité entre tous les soumissionnaires. Dans le récit publié par Seneplus, il rejette toute ingérence extérieure et insiste sur une procédure menée, selon ses mots, de manière rigoureuse et dans le respect des règles établies par le Sénégal.
Autre élément établi : l’entreprise chinoise CRRC arrive en tête des évaluations. Son offre est présentée comme inférieure de plus de moitié à celles de ses concurrents, dont Scania. Le gouvernement sénégalais lie cette avance à une procédure qu’il décrit comme transparente et fondée sur les mérites techniques et financiers des candidats.
Ce qui n’a pas été retenu par Dakar dans sa communication est aussi clair. Interrogé sur d’éventuelles aides d’État chinoises à CRRC, Yankhoba Diémé n’a pas jugé nécessaire de répondre sur le fond. Il a également écarté l’idée d’un lien entre le projet d’usine chinoise d’assemblage de bus au Sénégal et le processus de sélection, en soutenant que les deux dossiers sont distincts.
Du côté européen, plusieurs prises de position convergent sur un point précis. Le commissaire européen à l’industrie, Stéphane Séjourné, a reconnu que la Commission ne peut pas imposer à des pays tiers des règles de marchés publics identiques à celles de l’Union européenne. La Banque européenne d’investissement a, elle aussi, indiqué qu’elle ne pouvait pas demander à ses clients de discriminer des soumissionnaires en fonction de leur nationalité.
Un autre point est confirmé, mais il concerne cette fois le cadre européen. La Commission européenne avait écarté CRRC d’un projet de métro à Lisbonne, en estimant que l’entreprise bénéficiait de subventions publiques lui donnant un avantage concurrentiel déloyal. Le contenu source précise toutefois que cette décision, valable sur le territoire européen, ne peut pas s’étendre au Sénégal.
Enfin, les positions ne sont pas uniformes à Bruxelles. Varg Folkman, du European Policy Centre, rappelle que le règlement européen sur les subventions étrangères vise les contrats passés dans le marché intérieur de l’UE. Barry Andrews, président de la commission du développement du Parlement européen, va plus loin en soutenant la position sénégalaise et en estimant que choisir l’offre suédoise plus chère reviendrait, en substance, à faire payer le Sénégal deux fois.


