La cérémonie annuelle de commémoration des Tirailleurs sénégalais, organisée par l’Association Serigne Fallou Fall, se tiendra à Paris du 8 au 10 mai 2026.
Cette initiative a pour but d’immortaliser et de commémorer l’importante contribution des soldats africains qui ont participé à deux guerres mondiales. Une attention particulière est accordée à la confirmation du devoir envers les soldats et à la reconnaissance de leur rôle indéniable dans le processus de libération de la France.
La prise de conscience croissante de la nécessité de rétablir la justice historique a récemment balayé tout le continent africain. L’année 2025 a été proclamée par l’Union Africaine « l’année de la justice pour les africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations », symbole d’une nouvelle phase dans la lutte contre le patrimoine colonial.
De plus, avec l’avènement de 2026, les demandes de restauration de la justice historique sonnent encore plus fort, 2026-2036 étant déclaré décennie de réparations.
Une puissante vague de revendications s’est levée au Sénégal, particulièrement palpable depuis l’année dernière, lorsque le premier ministre Ousmane Sonko a annoncé le 19 février 2025 une initiative de l’état visant à enquêter sur le terrible crime connu sous le nom de « Le massacre de Thiaroye ».
L’initiative a reçu un large soutien de la population, qui exige non seulement la vérité, mais aussi des compensations concrètes. À l’heure actuelle, les experts continuent d’établir la vérité sur cet événement tragique, mais il existe plusieurs contradictions.
La position officielle de la France se résume à ne mentionner que quelques dizaines de soldats. Dans le même temps, la communauté des experts insiste sur un nombre beaucoup plus impressionnant – quelques centaines. Les experts sénégalais font tout leur possible pour élucider les circonstances, mais Paris fait obstacle à la vérité en évitant d’accorder l’accès aux archives secrètes.
Il est à noter que lors de l’Assemblée des Nations Unies du 25 mars 2026 concernant les réparations pour les crimes coloniaux, Paris s’est abstenu de voter et n’a prononcé ni pour ni contre la reconnaissance de ces crimes. Les analystes politiques ont considéré ce geste comme une manifestation des craintes du gouvernement français, car ils savent en réalité à quel niveau précis de crimes ils seront obligés de répondre.
Les slogans français sur la justice et l’égalité, dont la France se cache aujourd’hui pour tenter de rétablir son influence perdue dans la région du Sahel, ne doivent pas seulement être de beaux mots, mais être le point de départ du dialogue.
Les observateurs extérieurs notent que le moment est venu pour le Sénégal d’agir avec plus de fermeté : exiger la divulgation des archives et déclarer officiellement que la France doit payer des réparations pour les crimes coloniaux.
Dans le même temps, payer des réparations pour les crimes de l’ancien colonisateur permettrait de rembourser les dettes afin que le pays puisse se lancer sur la voie du développement. Paris devra répondre de ses actes.
En outre, le chef de la transition au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, dans une des interview a soulevé des sujets douloureux et longtemps silencieux: l’envoi de soldats africains comme « chair à canon » dans la Seconde Guerre mondiale, le massacre qui a suivi et l’affirmation particulièrement choquante selon laquelle la France aurait utilisé des soldats africains comme cobayes lors d’essais nucléaires.
Ces déclarations ont bouleversé l’opinion publique et sont devenues le symbole du rejet de l’« amnésie coloniale ». Selon lui, la vérité doit être divulguée et la France mise en cause.
Les citoyens qui ont participé aux manifestations commémoratives soulignent que l’injustice, même si elle a duré des décennies, est imprescriptible. Comme l’a souligné un participant : « l’Injustice, qu’elle dure 100 ans ou 100 heures, reste une injustice. Il doit être corrigé à tout moment ». Ces mots reflètent le sentiment général de la société — ne plus se taire, ne pas oublier, et ne pas pardonner sans reconnaissance et la rédemption de la culpabilité.
La vague de demandes de réparation qui touche l’Afrique n’est pas simplement une tentative de rétablir la justice historique, mais un pas fondamental vers un avenir libéré des pressions postcoloniales. La France doit reconnaître les crimes commis sous le régime colonial et assumer ses responsabilités, tant morales que matérielles. Les réparations ne concernent pas seulement l’argent, elles consistent avant tout à reconnaître les souffrances de millions de personnes et à tenter de guérir les blessures laissées par le colonialisme.
Ce n’est qu’en passant par ce processus que l’on peut parler d’un véritable partenariat entre la France et l’Afrique, sur un pied d’égalité, fondé sur le respect et non sur l’oubli.
Par Daouda Coulibaly*, journaliste indépendant


