À Téhéran, les marchés, cafés et commerces ont rouvert et une partie du trafic a repris sur les grands axes, signe d’un retour relatif à la normale après des semaines de frappes américaines et israéliennes. Mais derrière cette apparente accalmie, les habitudes de consommation changent nettement. Dans la capitale iranienne, de nombreux habitants privilégient désormais les achats strictement nécessaires, dans un contexte de trêve fragile et d’incertitudes persistantes sur l’évolution du conflit.
Selon Al Jazeera, le gouvernement iranien a décidé de remettre en place un taux de change préférentiel pour l’importation de produits essentiels comme le blé, les médicaments, les équipements médicaux et le lait infantile. Cette mesure, intégrée aux modalités d’exécution du budget annuel, doit permettre d’allouer jusqu’à 3,5 milliards de dollars issus des revenus pétroliers et gaziers à l’achat de biens jugés prioritaires. Le taux officiel retenu est fixé à 285.000 rials pour un dollar, très en dessous du cours du marché parallèle.
Cette décision marque un infléchissement de la ligne défendue par les autorités à la fin de l’année dernière, lorsqu’elles envisageaient de supprimer ce mécanisme subventionné, accusé d’avoir favorisé l’opacité et la corruption sans soulager durablement les ménages. Mais la forte hausse du prix des denrées de base a poussé l’exécutif à revoir sa copie. Un responsable du ministère iranien des Coopératives, du Travail et de la Protection sociale a reconnu à la télévision d’État que les prix des produits essentiels avaient été fortement affectés par la disparition de ce taux réduit.
Parallèlement, Téhéran envisage d’augmenter les aides mensuelles et les coupons électroniques versés à la population, alors que chaque personne ne reçoit actuellement que l’équivalent de moins de 10 dollars par mois. Les autorités ont aussi puisé dans le Fonds national de développement de l’Iran : jusqu’à 1 milliard de dollars doivent servir à acheter du sucre, du riz, de l’orge, du maïs, du tourteau de soja ainsi que de la viande rouge et de la viande de poulet afin de compléter les réserves stratégiques.
Les médias d’État affirment que le pays dispose encore de réserves suffisantes en devises et en or, malgré les sanctions et les dégâts causés aux installations pétrolières et gazières. D’après les autorités, la principale difficulté n’est pas tant de produire que de faire venir des pétroliers vides vers les zones de chargement de Kharg et Jask. Dans le même temps, les gouverneurs des provinces frontalières ont vu leurs pouvoirs élargis pour accélérer l’importation de biens essentiels et limiter les lourdeurs administratives.
Malgré ces annonces, les craintes de pénurie restent présentes. Certains habitants stockent des conserves et de l’eau, réduisent leurs sorties, annulent des déplacements et renoncent aux restaurants. La pression économique est aggravée par une quasi-coupure d’internet imposée par l’État depuis près de deux mois, qui a interrompu des millions d’emplois et entraîné de nombreux licenciements. L’Organisation iranienne des infirmiers a d’ailleurs rejeté le service d’accès payant au web mondial proposé par les autorités, estimant qu’un droit fondamental ne devrait pas devenir un privilège réservé à ceux qui peuvent le financer.


