La province syrienne de Soueïda, dans le sud du pays, est de plus en plus citée comme un point clé de la production et du trafic de Captagon, une amphétamine très addictive. Dimanche, des avions de combat jordaniens ont visé ce qu’ils ont présenté comme des « usines et laboratoires » de stupéfiants en territoire syrien.
D’après Al Jazeera, ces frappes mettent en lumière un déplacement du centre de gravité de ce commerce, longtemps associé à des forces liées à l’ancien président Bachar al-Assad. Des enquêtes récentes et des opérations militaires menées sous le nom d’« Operation Jordanian Deterrence » indiquent désormais que le trafic a trouvé un nouveau point d’ancrage à Soueïda, province frontalière de la Jordanie.
Les sites visés étaient liés à la « Garde nationale », une milice loyale au cheikh Hikmat al-Hijri, figure influente de la minorité druze en Syrie. Selon le média d’investigation Forbidden Stories, des éléments liés à ce groupe sont accusés d’avoir mis en place des laboratoires de fabrication, des entrepôts et des réseaux de contrebande au-delà des frontières syriennes. Soueïda est restée largement hors du contrôle du pouvoir central depuis la chute d’al-Assad en décembre 2024. En 2025, des affrontements entre l’armée syrienne et des milices druzes soutenues par Israël ont accentué l’isolement de la province, où la Garde nationale, opposée au nouveau président Ahmed al-Sharaa, est devenue la force dominante.
Pour Amman, cette évolution est présentée comme une urgence sécuritaire. Le colonel à la retraite Abdullah al-Sarhan a déclaré à Al Jazeera Arabic que les frappes « préventives » de dimanche étaient nécessaires, estimant que les méthodes des trafiquants avaient évolué. Il a indiqué que des groupes criminels utilisaient des techniques avancées, notamment des drones, pour faire passer la drogue à travers la frontière. Une source gouvernementale jordanienne a aussi affirmé à Al Jazeera que le royaume ne tolérerait plus la présence d’installations de production de drogue à sa frontière, tout en précisant que l’opération avait été menée en coordination complète avec les nouvelles autorités syriennes.
Ces frappes rejoignent les objectifs du nouveau pouvoir syrien, qui cherche à réduire l’autonomie de la Garde nationale, considérée comme une menace pour la souveraineté de l’État. Le général à la retraite Mamoun Abu Nowar a affirmé à Al Jazeera que la sécurité nationale jordanienne est « indissociablement liée » à celle de la Syrie. Il a également présenté l’opération comme un message adressé aux réseaux de drogue, mais aussi aux acteurs extérieurs susceptibles de profiter du rapport de force entre Damas et les factions druzes.
La situation reste instable à Soueïda, dont une grande partie échappe encore au contrôle du gouvernement syrien. Des responsables israéliens se sont déjà présentés comme protecteurs de la communauté druze de Syrie, et les États-Unis ont pour leur part exprimé leur opposition à une escalade. En juillet 2025, le département d’État américain a critiqué les frappes israéliennes dans le sud de la Syrie et appelé à une solution diplomatique, alors que Damas et Amman cherchent à renforcer la sécurité frontalière et à démanteler les réseaux de Captagon dans la région.


