Au Sénégal, la récente révision de la loi sur les relations homosexuelles continue de provoquer des réactions politiques et des prises de position publiques. Le Premier ministre Ousmane Sonko a déclaré vendredi qu’il n’accepterait aucun moratoire sur l’application du texte adopté au début du mois de mars et promulgué le 31 mars par le président Bassirou Diomaye Faye.
Le chef du gouvernement a dénoncé ce qu’il présente comme une pression venue de l’Occident. Dans ses propos rapportés par Lejsl, il a accusé un « petit noyau » occidental de vouloir imposer l’homosexualité au reste du monde grâce à ses moyens et à son influence médiatique. Ousmane Sonko a aussi affirmé avoir entendu, après le vote de la loi, des critiques venues de l’étranger, notamment de France, en estimant que le Sénégal n’avait « pas de leçon à recevoir » sur cette question.
La loi votée début mars a doublé les peines encourues pour relations homosexuelles. Elles sont désormais fixées entre cinq et dix ans de prison. Ousmane Sonko a ajouté que si le texte devait encore être renforcé, il le serait, et il a appelé la justice à veiller à une application qu’il souhaite « totale, impersonnelle et parfaite ». Il a précisé que l’objectif du nouveau dispositif était, selon ses mots, de mettre fin à la « prolifération du phénomène de l’homosexualité ».
Son refus d’un moratoire répond à une tribune publiée à la mi-mai dans Libération par un collectif d’une trentaine de personnalités d’origine africaine. Les signataires demandaient une suspension de l’application de la loi en évoquant un « climat de peur, de haine et de violence » installé dans le pays depuis son adoption. Ousmane Sonko a rejeté cette demande en déclarant qu’« il n’y aura pas de moratoire ».
Le débat s’est intensifié ces derniers mois avec des arrestations et des critiques sur les conditions d’application du texte. Dans une tribune publiée le 16 mai, Amadou Bal BA affirmait que la loi du 27 mars 2026 prévoit aussi des amendes équivalentes à 2 290 jusqu’à 15 245 euros. Il évoquait également 12 personnes interpellées le 18 février 2026, puis 72 autres par la suite, en affirmant que des contrôles de téléphones et des dénonciations alimentaient cette traque.


