
Autodidacte passionné d’aviation, Mamadou Sow a conçu, avec des moyens rudimentaires, un hélicoptère monoplace qui impressionne sur les réseaux sociaux. Entre débrouillardise, persévérance et ambition, ce maçon tambacoundois rêve désormais d’industrialiser son invention pour servir sa communauté.
À Tambacounda, dans l’est du Sénégal, une histoire hors du commun attire l’attention et suscite l’admiration. C’est celle de Mamadou Sow, maçon de profession, autodidacte passionné d’aviation, qui a réussi l’exploit de concevoir un hélicoptère monoplace avec des moyens rudimentaires. Né en 1969, Mamadou n’a reçu aucune formation en aéronautique. Pourtant, depuis son enfance, il nourrit une fascination profonde pour les engins volants. « J’ai toujours aimé l’aviation. Je regardais les hélicoptères dans les films. J’allais même à l’aéroport pour les observer », confie-t-il. Une passion qui, au fil des années, s’est transformée en projet concret.
Dans son quartier de Gourél Hamath, il a aménagé un atelier de fortune à ciel ouvert, fait de briques empilées et de bambou. C’est là, entouré de pièces métalliques récupérées chez des ferrailleurs, qu’il a patiemment assemblé son appareil. Propulsé par un moteur de six chevaux issu d’un véhicule, son hélicoptère peut atteindre une vitesse estimée entre 180 et 200 km/h et s’élever jusqu’à 40 mètres de hauteur.
Assis aux commandes, casque sur la tête, Mamadou Sow incarne à lui seul la rencontre entre rêve et détermination. Mais, son parcours n’a pas été sans difficulté. Victime d’un grave accident de travail (une entaille à l’avant-bras causée par une meule), il a dû interrompre ses activités pendant six mois. Une épreuve qui n’a fait que renforcer sa volonté.
Père de sept enfants, il voit bien aujourd’hui au-delà de son exploit personnel. Son ambition est claire : créer une entreprise locale de fabrication d’hélicoptères capable d’impliquer les jeunes de Tambacounda et de réduire la dépendance aux importations. « Nous pouvons fabriquer ici avec notre propre main-d’oeuvre », affirme-t-il avec conviction. Son projet porte également une dimension stratégique : désenclaver les zones reculées, faciliter les interventions d’urgence et contribuer à la logistique, notamment pour les forces de défense.
Plus qu’un simple inventeur, Mamadou Sow est devenu un symbole : celui d’une créativité qui naît dans des conditions modestes, d’une persévérance à toute épreuve et d’un potentiel local souvent sous-estimé. Son parcours rappelle une évidence : avec de la passion, de la détermination et un minimum d’accompagnement, les rêves les plus audacieux peuvent prendre leur envol. Mamadou n’est pas seulement un inventeur, il est un symbole d’espoir, de créativité et de persévérance.
Cette initiative n’est pas passée inaperçue. En visite à Tambacounda, le directeur général de l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (Adepme), Alpha Thiam, a salué le génie créatif de Mamadou Sow et annoncé un appui concret. « Nous nous engageons à l’accompagner », a-t-il déclaré, évoquant un soutien multidimensionnel.
Celui-ci portera spécialement sur la formation technique afin de renforcer ses compétences, mais aussi sur l’amélioration de ses conditions de travail, avec la mise en place d’un atelier équipé et sécurisé, ainsi que la fourniture d’équipements de protection. L’Adepme entend également accompagner l’inventeur dans la digitalisation de ses activités et la structuration de son projet en entreprise formelle.
À terme, cette initiative pourrait générer des emplois et contribuer au développement économique de la région. Pour Alpha Thiam, soutenir Mamadou Sow dépasse le cadre individuel. « Accompagner ce projet, c’est participer au développement de la région », a-t-il souligné tout en rappelant l’une des missions de l’Agence : détecter et promouvoir les talents à travers le pays.
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