Le maintien du cessez-le-feu régional au Moyen-Orient se heurte à des divergences profondes, particulièrement concernant le territoire libanais. Face à la poursuite des opérations militaires israéliennes, Téhéran vient d’adresser une mise en garde directe aux États-Unis, pointant des motivations politiques internes à Tel-Aviv.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié de « stupide » l’éventualité que Washington laisse Israël compromettre la trêve en poursuivant ses intenses bombardements au Liban. Selon les éléments relayés par Al Jazeera, le chef de la diplomatie iranienne lie directement cette insistance militaire à la reprise, ce dimanche, du procès pour corruption du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Pour Téhéran, un cessez-le-feu global accélérerait l’incarcération du dirigeant.
Le choix du terme « stupide » par le ministre iranien répond de manière symétrique aux propos tenus mercredi par le vice-président américain JD Vance, qui avait utilisé la même expression pour mettre en garde l’Iran contre un effondrement de la trêve. L’application de cet accord au Liban reste au cœur des tensions. Face à cette incertitude, des responsables et médias iraniens évoquent la possibilité d’une réponse militaire de Téhéran ou d’un blocage du détroit d’Ormuz pour garantir l’inclusion de Beyrouth dans le cessez-le-feu.
Du côté de Washington, Donald Trump a déclaré jeudi sur la chaîne NBC avoir demandé à Benjamin Netanyahu de réduire l’intensité de ses opérations. JD Vance a également affirmé que les Israéliens avaient accepté de se modérer.
Cependant, les faits sur le terrain contrastent avec ces annonces diplomatiques. Les frappes israéliennes se poursuivent au Liban, avec un bilan dépassant les 300 morts depuis le début de la récente vague de bombardements. Jeudi, une attaque a tué quatre secouristes dans la localité de Borj Qalaouiye, au sud du pays. Les forces israéliennes ont par ailleurs émis un ordre d’évacuation pour le quartier de Jnah à Beyrouth, une zone abritant deux des plus grands hôpitaux du pays ainsi que des dizaines de milliers de résidents et de déplacés internes. La crise a déjà poussé environ 1,2 million de Libanais à fuir leurs foyers.
Cette dynamique s’inscrit dans un schéma d’annonces américaines régulièrement contredites par les opérations militaires. En 2024, l’administration de Joe Biden avait insisté pendant des mois sur le caractère « limité » de l’intervention israélienne à Rafah, avant que la ville du sud de Gaza ne soit presque entièrement détruite. Les autorités israéliennes expriment aujourd’hui leur volonté de reproduire cette stratégie de la terre brûlée dans le sud du Liban, dans un conflit qui s’est transformé en guerre totale début mars à la suite de tirs de roquettes du Hezbollah et de l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei fin février.


