Lors d’une grande interview accordée à la presse ce samedi depuis le Palais, le président Bassirou Diomaye Faye s’est exprimé longuement sur plusieurs sujets majeurs de l’actualité nationale et internationale. Gouvernance économique, relations institutionnelles, réformes politiques, fonctionnement de l’État et diplomatie ont structuré cet entretien au cours duquel le chef de l’État a détaillé ses orientations et clarifié plusieurs positions du pouvoir exécutif.
Économie et FMI : une coopération maintenue mais encadrée
Le président Bassirou Diomaye Faye a d’abord abordé les relations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international. Il a tenu à écarter toute idée de rupture avec l’institution financière internationale, tout en affirmant la volonté du pays de définir ses propres priorités économiques.
« Il n’y a pas de rupture avec le FMI, les discussions se poursuivent. Nous voulons un nouveau programme. Maintenant, ce nouveau programme doit suivre nos visions », a-t-il déclaré.
Selon lui, le Sénégal poursuit ses efforts de stabilisation macroéconomique malgré l’absence d’un accord finalisé. Il a évoqué une trajectoire de croissance jugée satisfaisante, une baisse du déficit public et une politique de stabilisation des prix. Le chef de l’État a insisté sur la continuité de l’action gouvernementale, même en dehors d’un programme formel avec le FMI. « Nous ne pouvons pas attendre le FMI mais nous sommes obligés de faire nos livraisons », a-t-il ajouté.
À travers cette position, le président met en avant une logique d’autonomie relative, dans laquelle les discussions avec les partenaires financiers restent ouvertes mais alignées sur les orientations nationales.
Pouvoir d’achat et contexte international : vigilance sur les prix
Le chef de l’État a également évoqué les effets du contexte international sur l’économie nationale, notamment les tensions géopolitiques susceptibles d’influencer les marchés.
Il a averti que la situation mondiale pourrait contraindre le gouvernement à revoir sa politique de prix. « Si la situation mondiale se poursuit, nous serons obligés d’opérer à une hausse des prix », a-t-il indiqué.
Toutefois, il a rappelé les efforts déjà réalisés pour maintenir la stabilité des prix des denrées de première nécessité et protéger le pouvoir d’achat des ménages. Le président a insisté sur la nécessité de transparence en cas de changements économiques, affirmant que les citoyens seront informés des réalités économiques lorsque cela s’imposera.
Fonds politiques de la Présidence : une gestion assumée
Abordant la question des fonds politiques de la Présidence, Bassirou Diomaye Faye a défendu leur existence tout en reconnaissant les limites liées à leur transparence publique.
Selon lui, ces fonds répondent à des besoins spécifiques de l’État. « Les fonds politiques relèvent de dépenses qui ne peuvent pas être détaillées au grand public », a-t-il expliqué.
Le président a cité plusieurs domaines d’utilisation, notamment le renseignement, les dépenses liées à la solidarité internationale et diverses sollicitations internes. Il a insisté sur le fait que ces mécanismes existent dans de nombreux États et participent au fonctionnement global de l’appareil public.
Cette prise de position vise à répondre aux critiques récurrentes sur la gestion de ces ressources, souvent qualifiées de peu transparentes dans le débat public.
Réformes sociales et institutionnelles : un agenda législatif chargé
Le président a également rappelé les engagements pris par son gouvernement en matière de réformes sociales et institutionnelles. Ces réformes concernent notamment le droit du travail, la protection sociale et la modernisation de la fonction publique.
Il a indiqué que des projets de lois sont en préparation ou en cours d’examen afin de renforcer les dispositifs existants et d’élargir la couverture sociale, notamment au secteur informel, largement présent dans l’économie nationale.
Le chef de l’État a souligné l’importance du dialogue social avec les syndicats et les organisations patronales, considérés comme des partenaires essentiels dans la mise en œuvre de ces réformes. Il a également rappelé la volonté de l’État de maintenir un climat de stabilité sociale pour accompagner les transformations économiques en cours.
Relations avec Ousmane Sonko : confiance institutionnelle et cadre républicain
Une partie importante de l’interview a été consacrée aux relations entre le président et le Premier ministre Ousmane Sonko. Bassirou Diomaye Faye a tenu à clarifier la nature de cette collaboration au sommet de l’État.
« Tant qu’il est Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Si cela n’est plus, nous aurons un nouveau Premier ministre », a-t-il déclaré.
Le président a insisté sur le caractère institutionnel de cette relation, précisant que la confiance et l’efficacité gouvernementale constituent les principaux critères de maintien en fonction du chef du gouvernement. Il a rappelé que l’intérêt du Sénégal demeure la priorité absolue dans toute décision politique.
Le chef de l’État a également évoqué la dimension personnelle de cette relation, fondée sur une longue proximité et des liens construits au fil des années. Toutefois, il a précisé que les divergences éventuelles sont gérées dans un cadre privé et non public.
Enfin, il a rappelé le parcours politique commun des deux dirigeants, soulignant leur engagement dans une coalition politique entre 2017 et 2024.
Débats politiques et Code électoral : entre réformes et controverses
Interrogé sur les débats autour de l’éligibilité d’Ousmane Sonko et les récentes modifications du Code électoral, le président a estimé que cette question n’a jamais constitué un enjeu fondamental à ses yeux.
Il a également exprimé des réserves sur la procédure parlementaire ayant conduit à l’adoption de certaines modifications législatives, tout en rappelant que le pouvoir législatif demeure souverain dans ses décisions.
Ces réformes ont suscité des réactions contrastées au sein de la classe politique, certains y voyant une clarification nécessaire du cadre électoral, tandis que d’autres dénoncent une réforme jugée politiquement orientée.
Pastef : un projet collectif au-delà des individus
Le président est également revenu sur son implication dans la création et la structuration du parti Pastef. Il a affirmé avoir joué un rôle important dans la rédaction des textes fondateurs et dans l’organisation du mouvement.
Il a toutefois insisté sur la nécessité de préserver une vision collective du projet politique. Selon lui, un parti politique ne doit pas être réduit à une seule personnalité, mais rester un cadre d’idées et de mobilisation citoyenne.
Cette position s’inscrit dans une logique de dépersonnalisation du projet politique, afin d’éviter toute dépendance excessive à une figure unique.
Diplomatie et candidature de Macky Sall à l’ONU : posture de neutralité
Sur le plan diplomatique, le président est revenu sur la candidature de l’ancien chef de l’État Macky Sall à un poste à l’ONU. Il a indiqué que le Sénégal n’a pas été associé directement au processus en amont.
Le chef de l’État a précisé que le pays adopte une posture de neutralité sur ce dossier, tout en affirmant qu’aucune action ne sera entreprise pour entraver cette candidature.
Il a également évoqué des échanges avec plusieurs partenaires internationaux et des divergences de perception autour du processus, tout en réaffirmant la volonté du Sénégal de maintenir une diplomatie équilibrée et respectueuse des règles multilatérales.


