À Kédougou, la question de l’identité et de la mémoire collective refait surface autour d’un projet controversé de changement de toponymie. Des voix se sont élevées pour rebaptiser le quartier « Kongory » en « Darou Salam », une initiative qui suscite une vive opposition au sein de la communauté bassari.
Au cœur de la contestation, Penda Laboubane, porte-parole des Bassaris de Kédougou, alerte sur les enjeux historiques et symboliques d’une telle décision.
« Notre rencontre d’aujourd’hui, c’est de s’alarmer contre un éventuel changement de nom d’un quartier de la ville. Lors d’une inauguration de mosquée, des gens ont affirmé qu’ils vont débaptiser le quartier Kongory en Darou Salam », a-t-elle déclaré face à la presse.
Pour les Bassaris, « Kongory » n’est pas un simple nom, mais celui d’une pionnière dont l’histoire est intimement liée à la fondation du quartier. « Kongory à qui on a donné le nom de ce quartier était une femme émérite. Une handicapée compensée par sa bravoure, mettant le travail au-dessus de tout », rappelle Mme Laboubane.
Elle insiste également sur le rôle fondateur de cette figure féminine : « Au départ, elle était seule avec son fils dans cette zone désertique. C’est par la suite que les autres ont eu le courage de rallier le site. Donc, le fait de vouloir débaptiser le quartier Kongory pour Darou Salam nous fait peur. »
Comparant Kongory à d’autres figures historiques féminines honorées au Sénégal, elle plaide pour la préservation de cet héritage : « À l’instar de Aline Sitoé Diatta dont des édifices portent son nom à travers le Sénégal, nous voulons que le nom de Kongori reste à Kédougou. Car la vie et l’œuvre de Kongori doivent être étudiées dans les écoles. »
Au-delà de la symbolique, c’est aussi un appel à la reconnaissance d’un modèle de résilience qui est lancé. « C’est une pionnière, une femme exemplaire malgré son handicap ; elle n’a jamais tendu la main, mais s’est évertuée dans l’agriculture pour gagner son pain à la sueur de son front. Sa mémoire doit être perpétuée », a-t-elle insisté.
La mobilisation dépasse désormais la seule communauté bassari. « Les Bassaris dans ce combat sont épaulés par d’autres communautés, Peul, Kognaguis, et d’autres pour montrer que le combat s’est identifié », souligne-t-elle, précisant que la démarche reste pacifique : « La violence, la calomnie, la communauté Bassari ne connaît pas. »
En dernière instance, un appel est lancé aux autorités locales : « Nous demandons au conseil municipal de conserver le nom de Kongory, une femme de valeur. »


