En Iran, les cryptomonnaies prennent une place croissante dans l’économie sous sanctions, au moment où Washington renforce sa pression financière. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette dynamique s’est accélérée dans le contexte des frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ainsi que des restrictions imposées au système bancaire iranien.
Le média indique qu’un utilisateur de cryptomonnaies à Téhéran, identifié sous le prénom de Firouz, a retiré ses avoirs de Nobitex, principale plateforme iranienne d’actifs numériques, quelques heures avant le début des frappes de fin février. Il a expliqué avoir voulu transférer ses économies vers un portefeuille personnel, craignant de perdre le contrôle de fonds laissés sur un service iranien lié ou surveillé par l’État, soit à cause d’une décision des autorités, soit en raison d’éventuelles cyberattaques.
D’après Al Jazeera, l’écosystème crypto iranien a été évalué à plus de 7,78 milliards de dollars l’an dernier, selon la société Chainalysis. Le même suivi attribue environ 50% de l’activité on-chain du quatrième trimestre au Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC). La cryptomonnaie est utilisée en Iran pour préserver la valeur de revenus et d’épargnes dans un contexte d’inflation élevée et de dépréciation du rial, mais aussi comme canal de paiement pour des importations et pour contourner les sanctions, notamment dans les échanges liés au pétrole, aux armes et à d’autres marchandises.
Les autorités iraniennes ont annoncé début avril qu’elles demanderaient aux navires pétroliers traversant le détroit d’Hormuz de payer un péage en cryptomonnaie. Des paiements de ce type auraient déjà été enregistrés, selon le média. Dans le même temps, le département américain du Trésor a annoncé cette semaine des sanctions contre un réseau de portefeuilles numériques liés à l’Iran, avec le gel de 344 millions de dollars d’actifs numériques. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré sur X que l’administration de Donald Trump visait les circuits financiers utilisés par Téhéran hors du pays.
Cette pression touche aussi les particuliers. L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) a classé l’ensemble de l’écosystème crypto iranien comme à haut risque. Selon un chercheur basé à Téhéran cité par Al Jazeera, cette situation a presque coupé les Iraniens ordinaires des entreprises internationales et des communautés crypto, plusieurs grandes plateformes gelant les comptes iraniens et des sociétés étrangères évitant toute coopération avec des acteurs installés dans le pays. Le même chercheur affirme par ailleurs que des entités affiliées à l’IRGC ont pris le contrôle d’opérations de minage, profitant d’une électricité subventionnée pour convertir l’énergie en revenus difficilement sanctionnables.
Les données citées montrent aussi une hausse marquée des flux sortants lors des périodes de crise. Entre le 28 février et le 2 mars, environ 10,3 millions de dollars en cryptoactifs seraient sortis du pays après les frappes conjointes américano-israéliennes. Avant la guerre de 12 jours menée par Israël en juin 2025, TRM Labs a relevé une hausse de plus de 150% des sorties depuis Nobitex. Elliptic a ensuite signalé une envolée de 700% des transactions sortantes depuis la plateforme dans les minutes ayant suivi la première attaque de juin. Le 18 juin, 90 millions de dollars en cryptoactifs conservés sur Nobitex ont été dérobés lors d’une cyberattaque attribuée au groupe Predatory Sparrow, présenté comme lié à Israël.


