Le climat social s’alourdit au sein de l’Agence des Travaux et de Gestion des Routes (Ageroute). Nommé en Conseil des ministres le 18 décembre 2026, Moustapha Fall est aujourd’hui la cible de critiques acerbes venant de l’interne. Dans une sortie remarquée, le DRH de la structure, Cheikh Ahmed Tidiane Thiame, brosse le portrait d’une gouvernance marquée par un manque de concertation et un affaiblissement systématique du capital humain.
Des tensions sociales et managériales
Au cœur du grief : la mise à l’écart brutale de 23 agents de l’agence. Selon M. Thiame, cette décision, actée par note de service, aurait été prise sans explications suffisantes ni dialogue avec les responsables de services. « Depuis sa prise de fonctions, il ne fait qu’affaiblir les agents », déplore le DRH, soulignant que les tentatives de médiation ou de contact direct de la part des concernés seraient restées lettre morte.
Pour ce cadre administratif, en poste depuis une quinzaine d’années, ce « pilotage à vue » rompt avec les procédures habituelles de l’agence et installe un sentiment d’insécurité professionnelle chez les collaborateurs.
Accusations de non-respect de la rationalisation
Au-delà du management humain, le DRH pointe des griefs d’ordre administratif et financier. Il invoque notamment le non-respect des directives étatiques visant à limiter le train de vie de l’État.
Selon les déclarations de Cheikh Ahmed Tidiane Thiame, le DG bénéficierait d’une indemnité compensatrice de véhicule d’environ 600 000 FCFA — instaurée pour remplacer les voitures de fonction — tout en conservant l’usage de moyens de transport de l’agence.
« Il n’a pas encore restitué un 4×4 V8, alors que l’indemnité lui est versée depuis quatre mois », affirme le DRH, qui mentionne également l’utilisation d’un second véhicule à des fins personnelles.
D’autres points de friction sont soulevés, notamment : Une absence de suite donnée aux rappels concernant la loi sur la déclaration de patrimoine.
Un conflit aux enjeux politiques ?
Si M. Thiame précise agir au nom de ses responsabilités administratives et de son devoir de contrôle interne, il n’a pas manqué de rappeler son appartenance à la mouvance présidentielle. Une précision qui place cette crise sous le prisme de la redevabilité et de l’exemplarité prônées par les autorités actuelles.
À ce stade, la Direction Générale de l’Ageroute n’a pas encore produit de réponse officielle détaillée face à ces accusations. Le maintien de la paix sociale au sein de ce levier stratégique du développement infrastructurel sénégalais dépendra sans doute de la capacité des deux parties à renouer le fil du dialogue, ou de l’arbitrage de la tutelle.


