L’ancienne dirigeante du Myanmar, Aung San Suu Kyi, a été transférée en résidence surveillée, plus de cinq ans après le renversement du gouvernement civil par l’armée. Cette décision a été annoncée jeudi par les autorités, dans le cadre d’une nouvelle mesure d’amnistie liée à une fête religieuse bouddhiste.
D’après Al Jazeera, le président Min Aung Hlaing, auteur du coup d’État de 2021, a indiqué dans un communiqué avoir « commué la peine restante à purger au lieu de résidence désigné ». Les médias d’État ont également diffusé une photographie montrant Aung San Suu Kyi assise sur un banc en bois, encadrée par deux agents en uniforme. Il s’agit de sa première image publique depuis plusieurs années.
Plus tôt dans la journée, les autorités avaient annoncé une réduction de peine dans le cadre d’une grâce plus large. Selon les médias d’État, 1 519 prisonniers, dont 11 étrangers, ont bénéficié d’une amnistie, tandis que les peines des autres détenus condamnés ont été réduites d’un sixième. Aung San Suu Kyi, condamnée initialement à 33 ans de prison fin 2022 dans plusieurs affaires, verrait ainsi sa peine ramenée à 18 ans, avec encore plus de 13 ans à purger, selon le calcul rapporté.
Âgée de 80 ans, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 purgeait jusqu’ici sa peine dans un lieu non communiqué de la capitale Naypyidaw. Ses partisans et plusieurs organisations de défense des droits humains ont présenté les poursuites engagées contre elle comme des tentatives de discrédit politique après sa destitution. Son équipe juridique n’a pas été autorisée à la rencontrer en personne depuis décembre 2022. Un membre de cette équipe a déclaré à Reuters avoir appris le transfert par voie de presse, sans notification directe.
Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a qualifié cette décision d’« étape significative » vers des conditions favorables à un processus politique crédible. Il a aussi renouvelé l’appel des Nations unies à la « libération rapide » de tous les prisonniers politiques au Myanmar. Comme l’indique Al Jazeera, cette amnistie intervient après une autre mesure similaire annoncée le 17 avril, qui avait concerné plus de 4 500 détenus.
Le coup d’État militaire de 2021 a provoqué une forte contestation populaire, ensuite réprimée, avant de déboucher sur un conflit civil meurtrier. Selon l’Assistance Association for Political Prisoners, organisation de suivi des droits humains, 22 047 personnes ont été détenues au Myanmar depuis la prise de pouvoir par l’armée. Aung San Suu Kyi avait déjà passé près de 15 ans en tant que prisonnière politique en résidence surveillée entre 1989 et 2010.


