En Israël, des propos attribués au général de division Avi Bluth, commandant militaire chargé de la Cisjordanie occupée, relancent les accusations de traitement différencié entre colons israéliens et Palestiniens. Les déclarations, publiées la semaine dernière par le quotidien israélien Haaretz, portent sur l’usage de la force dans le territoire occupé.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Avi Bluth a affirmé que l’armée israélienne tuait « comme nous n’avons pas tué depuis 1967 » et qu’elle transformait des villages en « zones de conflit ». Il a aussi reconnu une politique de tir à deux vitesses : éviter de tirer sur des colons israéliens lançant des pierres contre les forces israéliennes, tout en tirant sur des Palestiniens accusés des mêmes actes. Toujours selon ses propos cités, 42 Palestiniens lanceurs de pierres auraient été tués en 2025. Interrogé par Al Jazeera via les autorités israéliennes, le général n’avait pas répondu au moment de la publication.
Le média qatari rapporte que ces déclarations s’inscrivent dans un contexte plus large dénoncé depuis des années par des organisations de défense des droits humains. Orly Noy, rédactrice en chef du média hébraïque Local Call, a déclaré à Al Jazeera que cette situation n’avait « rien de nouveau », évoquant une prise d’influence croissante de l’extrême droite dans les institutions israéliennes. Elle a rappelé qu’un rapport antérieur de l’organisation d’anciens soldats Breaking the Silence montrait déjà que des militaires déployés en zone C ne savaient pas que la protection des Palestiniens contre les violences de colons faisait partie de leur mission.
Yair Dvir, de l’ONG israélienne B’Tselem, a lui aussi déclaré à Al Jazeera que ces pratiques existaient depuis des années. D’après lui, ce qui change aujourd’hui est le caractère assumé de tels propos dans la sphère politique, militaire et médiatique israélienne. Le texte source mentionne aussi deux mesures législatives récentes : en mars, l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort uniquement pour des Palestiniens en Cisjordanie occupée, puis en février un texte dénoncé par plusieurs pays comme une « annexion de facto » du territoire.
Les chiffres cités dans l’article font également état d’une hausse des violences. D’après les données compilées par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, 12 Palestiniens ont été tués lors d’attaques de colons en Cisjordanie depuis le 28 février, date des premières frappes d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, tandis que des centaines d’autres ont été blessés ou déplacés. Sur l’ensemble de l’année 2025, ce même bureau a recensé 10 Palestiniens tués par des colons, alors que l’armée israélienne en a tué au moins 226 sur la même période.
Aida Touma-Sliman, députée du parti de gauche Hadash, a raconté à Al Jazeera s’être rendue cette semaine dans le village de Duma, près de Naplouse, en Cisjordanie occupée. Elle a comparé cette visite à celle effectuée après l’attaque de colons de 2015 qui avait coûté la vie à trois Palestiniens, dont l’enfant Ali Dawabsheh, âgé de 18 mois. La parlementaire a dit ressentir, à chaque fois, le même abandon des habitants face aux attaques. Elle a ajouté que son seul espoir immédiat reposait sur les élections israéliennes prévues plus tard cette année.


