Depuis le début du conflit ouvert le 28 février, les opérations militaires menées par les États-Unis et Israël sur le territoire iranien connaissent une évolution notable. Loin des strictes cibles militaires, les récents raids aériens se concentrent désormais sur des infrastructures d’une tout autre nature, provoquant des destructions massives au cœur de Téhéran et dans plusieurs provinces stratégiques.
Selon les informations d’Al Jazeera, le milieu académique et scientifique est particulièrement touché. À l’Université Shahid Beheshti, située dans le nord de Téhéran, l’Institut de recherche sur les lasers et les plasmas a été bombardé par des avions de combat. Bien que l’établissement ait été vidé de ses étudiants suite au passage des cours en ligne, les dégâts matériels sont considérables. Le directeur d’un des laboratoires de cette université, le physicien Mohammad Mehdi Tehranchi, avait déjà été assassiné en juin dernier. Une autre institution majeure, l’Université des sciences et technologies de Téhéran, spécialisée dans le développement de satellites nationaux, a vu l’un de ses centres de recherche réduit en ruines la semaine dernière. Le ministre iranien des Sciences, de la Recherche et de la Technologie, Hossein Simaei Saraf, a indiqué que des parties d’au moins 30 universités ont été impactées par les frappes américano-israéliennes depuis le début des hostilités.
Le secteur de la santé subit également des dommages importants. L’Institut Pasteur de Téhéran, fondé il y a plus d’un siècle et spécialisé dans les maladies infectieuses et la production de vaccins, a été attaqué. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a confirmé que l’institut a subi des dommages significatifs, le rendant incapable de fournir ses services de santé. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé que plus de 20 établissements de santé ont été ciblés en Iran depuis début mars, dont l’hôpital psychiatrique Delaram Sina. Par ailleurs, une importante entreprise pharmaceutique près de Téhéran a été frappée. Les autorités iraniennes affirment que l’objectif est de paralyser les chaînes d’approvisionnement en médicaments, tandis qu’Israël soutient que l’usine était liée à la production d’armes chimiques.
L’offensive s’étend aux infrastructures économiques et civiles. Samedi, des bombardements intenses ont visé la zone économique de Mahshahr, un pôle industriel et pétrolier majeur, endommageant plusieurs raffineries et blessant au moins cinq personnes. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que son armée avait détruit 70 % de la capacité de production d’acier de l’Iran. Dans la même journée, le pont suspendu B1, une infrastructure de 136 mètres de haut reliant Téhéran à Karaj, a été détruit par des raids aériens, faisant au moins huit morts et plus de 90 blessés parmi des civils célébrant la journée de la nature (Sizdah Bedar). Un responsable américain a justifié cette frappe auprès du site Axios en affirmant que le pont servait au transport secret de missiles, une destruction publiquement célébrée par le président Donald Trump via une vidéo.
Le président Donald Trump a maintenu un ultimatum de 48 heures exigeant la réouverture du détroit d’Ormuz, menaçant de bombarder simultanément les principales centrales électriques et usines de dessalement d’eau du pays. Face à ces menaces, les commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont réaffirmé leur refus de capituler, annonçant une escalade de leurs opérations dans la région.
Le bilan humain s’alourdit, les autorités iraniennes recensant plus de 2 000 morts suite aux attaques ayant touché des écoles, des habitations et des commerces. Washington a également bombardé à quatre reprises la zone de la centrale nucléaire de Bouchehr, tuant un garde de sécurité, s’ajoutant aux récentes destructions de plusieurs autres sites nucléaires civils. Cette semaine, plus de 100 experts juridiques américains ont publié un document condamnant ces frappes, soulevant de sérieuses préoccupations quant aux violations du droit international humanitaire et au risque d’atrocités à l’échelle régionale.


