
À une semaine du match Sénégal–Mauritanie prévu le 14 octobre au stade Abdoulaye Wade, la Fédération sénégalaise de football (FSF) fait face à une polémique grandissante : la hausse significative du prix des billets. Une décision qui passe mal auprès d’une partie du public, déjà éprouvée par les difficultés d’accès au stade.
Selon la nouvelle grille tarifaire dévoilée, le prix du billet en zone rouge (latérales et tribunes centrales) passe de 1 000 à 3 000 FCFA, soit une hausse de 200 %. En zone jaune virage, il faut désormais débourser 10 000 FCFA au lieu de 3 000, tandis que le jaune centre grimpe de 5 000 à 20 000 FCFA. Les loges annexes passent de 15 000 à 20 000 FCFA, et la loge VIP reste inchangée à 50 000 FCFA.
Une comparaison avec les tarifs pratiqués lors du match contre le Soudan, en juin dernier, révèle une différence spectaculaire : les billets les plus abordables étaient alors fixés à 1 000 et 3 000 FCFA pour les zones populaires, et 5 000 FCFA pour les tribunes jaunes centres. Autrement dit, les nouveaux prix triplent, voire quadruplent selon les catégories.
Une décision qui fait débat
Cette hausse soulève de nombreuses questions sur la stratégie de la FSF. Le Stade Abdoulaye Wade, déjà critiqué pour sa localisation excentrée à Diamniadio, pose un véritable casse-tête logistique aux supporters : distance, coût du transport, embouteillages, et difficultés d’accès. À ces contraintes s’ajoutent désormais des tarifs que beaucoup jugent prohibitifs.
Pour les supporters les plus modestes, assister à un match des Lions devient presque un luxe. Aller au stade relève déjà d’un parcours du combattant déplorent plusieurs fans sur la toile. En pleine période de conjoncture économique et sociale tendue, la décision de tripler presque tous les prix (à l’exception des VIP loges) est perçue par beaucoup de férus des Lions comme une déconnexion avec la réalité du « bas peuple ».
Une logique financière assumée ?
Certains observateurs voient derrière cette hausse une stratégie financière calculée. En effet, le match barrage retour contre l’Égypte qualificatif pour le Mondial 2022 au Qatar est resté dans les mémoires : la FSF alors sous la houlette de Me Augustin Senghor avait alors engrangé plus de 600 millions FCFA en recettes de billetterie, un record national selon Bamba BA, directeur général de la plateforme Diotali, chargée à l’époque de la commercialisation en ligne.
L’actuelle équipe fédérale chercherait-elle à reproduire ce modèle lucratif ? Si tel est le cas, le contexte n’est plus le même. À l’époque, les Lions, portés par la ferveur populaire après leur sacre à cette première CAN, voulaient bisser face aux Pharaons qu’ils avaient dominés en finale au Cameroun, afin de composter leur billet pour le Mondial. Depuis l’élimination précoce des champions d’Afrique en titre en huitièmes de finale de la dernière CAN en Côte d’Ivoire, l’enthousiasme populaire s’est un peu émoussé. Les Lions ne font plus le plein à chaque sortie à Diamniadio, et les frustrations nées de cette élimination précoce ont laissé des traces. Miser sur une flambée tarifaire pourrait bien se retourner contre les dirigeants fédéraux.
Un pari risqué
En augmentant les prix au moment où le soutien populaire vacille, la FSF prend un risque d’image. L’argument financier ne peut à lui seul justifier une politique qui, à terme, pourrait éloigner les supporters les plus fidèles. À force de vouloir remplir les caisses, la fédération pourrait vider les gradins.
Ironie du..sport, le match contre la Mauritanie, initialement présenté comme décisif pour la qualification au Mondial 2026, pourrait finalement compter pour du beurre. En effet, si le Sénégal s’impose le 10 octobre à Djouba face au Soudan du Sud lanterne rouge du groupe et que la RD Congo ne parvient pas à battre le Togo à Lomé, les Lions valideraient leur billet avant même la dernière journée.
Dans ce scénario plus que plausible, la rencontre face aux Mourabitounes le 14 octobre censée être une fête à Dakar perdrait une grande partie de son enjeu sportif. Et avec des billets vendus jusqu’à 20 000 FCFA dans certaines zones, il est fort probable que le public boude le stade Abdoulaye Wade. Les supporters, déjà refroidis par les hausses de prix et les difficultés d’accès à Diamniadio, pourraient juger inutile de dépenser autant pour un match sans enjeu.
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