Pour la première fois de son histoire récente, le Costa Rica a franchi un cap majeur dans sa coopération judiciaire avec Washington. Un vol à destination du Texas a emporté vendredi des ressortissants costariciens, marquant l’application inédite d’une réforme constitutionnelle adoptée plus tôt cette année.
Parmi les individus placés en état d’arrestation et menottés figure Celso Gamboa, 49 ans, une personnalité de premier plan de l’appareil d’État costaricien. Selon les informations relayées par Al Jazeera, cet ancien juge de la Cour suprême (2016-2018) et ex-ministre de la Sécurité publique sous la présidence de Luis Guillermo Solis, fait face à de lourdes accusations aux États-Unis. Il a été extradé en compagnie d’Edwin Lopez Vega, surnommé « Pecho de Rata », un trafiquant de drogue présumé.
La justice américaine, qui a émis un mandat d’arrêt provisoire en 2024, accuse l’ancien ministre de fabrication et de distribution de cocaïne à destination des États-Unis. Le département américain du Trésor reproche à Celso Gamboa d’avoir utilisé son vaste réseau gouvernemental pour soutirer des informations sur des enquêtes antidrogue, avant de les revendre aux cibles de ces mêmes investigations. S’ils sont reconnus coupables, les deux hommes risquent un minimum de dix ans de prison.
Cette procédure a été rendue possible par un amendement constitutionnel voté en 2025 par 44 des 57 députés costariciens, sous l’impulsion du gouvernement du président Rodrigo Chaves Robles. Auparavant, la Constitution interdisait formellement l’extradition des citoyens nationaux. Le texte limite toutefois cette mesure aux suspects accusés de trafic de drogue et de terrorisme. Il interdit également les extraditions vers des pays appliquant la peine de mort ou des peines supérieures à 50 ans d’emprisonnement, le maximum autorisé par la loi costaricienne.
Le procureur général Carlo Diaz a qualifié cette journée d’historique, soulignant la volonté des autorités de ne plus laisser la nationalité costaricienne servir de bouclier pour échapper à la justice. De son côté, Celso Gamboa dénonce des accusations formulées de mauvaise foi. Il a d’ores et déjà prévenu qu’il témoignerait contre d’autres personnalités gouvernementales si sa sécurité et celle de sa famille n’étaient pas garanties.
Cette extradition s’inscrit dans un contexte de rapprochement diplomatique et sécuritaire prononcé entre San José et l’administration de Donald Trump. Le Costa Rica est devenu l’un des premiers pays à accepter des vols d’expulsion américains pour des ressortissants de pays tiers. Cette semaine, le pays a également expulsé des diplomates cubains de son territoire, en alignement avec la campagne de pression menée par Washington. Le président Chaves a d’ailleurs participé à un sommet sur la sécurité organisé le 7 mars au complexe de Mar-a-Lago.


