Dans le contexte de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, le terrain des affrontements s’étend au-delà des opérations militaires. Alors que la fermeture du détroit d’Ormuz a déjà bouleversé l’approvisionnement énergétique mondial, un haut responsable iranien a investi les réseaux sociaux pour mener une guerre asymétrique d’un genre nouveau, ciblant directement les places boursières et le comportement du locataire de la Maison Blanche.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, s’est positionné comme un acteur influent sur le réseau social X. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, il exhorte les investisseurs à traiter les annonces américaines avec scepticisme, qualifiant ces informations de manipulations destinées à orienter les marchés pétroliers et financiers. Dans une récente publication, il suggère d’adopter une stratégie inversée : « S’ils font monter les prix, vendez à découvert. S’ils les font baisser, achetez. »
Cette rhétorique s’inscrit dans une démarche assumée par Téhéran pour démontrer sa capacité à atteindre les points de pression économiques mondiaux. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié, a déjà provoqué une flambée des prix. Le 22 mars, Mohammad Bagher Ghalibaf a franchi un nouveau palier en menaçant les institutions financières impliquées dans les actifs militaires américains au Moyen-Orient, déclarant surveiller leurs portefeuilles.
Pour maximiser l’impact de ces déclarations, les autorités iraniennes ciblent une dynamique précise : l’utilisation des réseaux sociaux par le Président Donald Trump. Jo Michell, professeur d’économie à l’Université de l’Ouest de l’Angleterre interrogé par Al Jazeera, souligne que le dirigeant américain a pris l’habitude de formuler ses déclarations les plus agressives le week-end, lorsque les marchés sont fermés, pour ensuite temporiser avant leur réouverture.
Cette tendance a été observée le 23 mars dernier. Alors qu’il restait moins de 12 heures avant l’expiration d’un ultimatum menaçant de détruire les infrastructures énergétiques iraniennes si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert, le Président Donald Trump a prolongé ce délai de cinq jours, puis de dix jours supplémentaires. Sur les places boursières, ce schéma répétitif a donné naissance à l’acronyme « TACO » (Trump always chickens out), utilisé par les traders qui anticipent un recul systématique du président américain.
Zeidon Alkinani, analyste à l’Arab Perspectives Institute, précise à Al Jazeera que l’Iran a identifié ces points de vulnérabilité. En entretenant l’incertitude et en tournant en dérision les annonces de Washington, Mohammad Bagher Ghalibaf alimente la volatilité. Dans cette configuration, la spéculation autour des secteurs sensibles devient une composante intégrale du conflit, transformant chaque déclaration en levier d’influence sur les investisseurs.


