La préparation minutieuse des athlètes et les attentes des supporters se heurtent parfois aux réalités géopolitiques. Alors que le calendrier de la Coupe du monde de cricket T20 prévoyait une confrontation entre le Bangladesh et l’Italie à Calcutta en février, la situation diplomatique tendue entre Dhaka et New Delhi a bouleversé l’organisation du tournoi. Face à l’impasse sur la localisation des rencontres, l’instance dirigeante mondiale a tranché le différend de manière radicale.
L’International Cricket Council (ICC) a confirmé l’exclusion de l’équipe masculine du Bangladesh de la compétition, validant son remplacement immédiat par l’Écosse. Cette décision fait suite au refus catégorique des autorités bangladaises d’envoyer leur sélection nationale en Inde, invoquant des préoccupations sécuritaires majeures.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le Bangladesh Cricket Board (BCB) avait officiellement sollicité la délocalisation de ses matchs vers le Sri Lanka, une demande rejetée par l’ICC. Le maintien de la position de Dhaka a entraîné l’éviction pure et simple de l’équipe, transformant un enjeu sportif en un nouvel épisode de friction diplomatique.
**Un contexte politique pesant**
Cette décision s’inscrit dans un climat de méfiance accrue depuis le changement de régime survenu à Dhaka en août 2024. La présence de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina en Inde, couplée à des différends commerciaux, alimente les tensions. L’éviction récente du lanceur Mustafizur Rahman de l’Indian Premier League avait déjà été perçue par les officiels bangladais comme un signe de l’influence de pressions extrémistes sur les instances indiennes.
Sur le plan national, l’opinion publique semble majoritairement soutenir la ligne dure du gouvernement. Des résidents de Dhaka interrogés par notre source évoquent la sécurité des joueurs comme priorité absolue, craignant des incidents en territoire indien. Toutefois, cette posture ne fait pas l’unanimité, certains observateurs et anciens dirigeants du BCB déplorant un manque de dialogue et une perte d’influence du Bangladesh sur l’échiquier sportif mondial.
**Le désarroi silencieux des joueurs**
Si la direction politique assume la confrontation, les athlètes se retrouvent privés d’une vitrine internationale cruciale. Sous couvert d’anonymat, plusieurs membres de l’équipe nationale ont exprimé leur frustration. Après une année 2025 record avec 15 victoires en 30 matchs, le groupe se sentait prêt à performer. « Ce n’est pas juste une question d’argent, c’est l’opportunité de grandir », a confié un joueur, soulignant que cette absence freine leur progression face à des adversaires de qualité.
Pour combler ce vide soudain dans le calendrier, la fédération bangladaise a mis en place dans l’urgence un tournoi local, la « Odommo Bangladesh T20 Cup », doté d’une enveloppe globale de 25 millions de takas (environ 200 000 dollars). Une compensation financière qui ne remplace pas, aux yeux des professionnels, le prestige d’une Coupe du monde.


