La crise énergétique qui frappe La Havane ne se limite plus aux délestages locaux : elle paralyse désormais les liaisons aériennes internationales. Face à l’impossibilité technique d’assurer le ravitaillement de ses appareils sur le sol cubain, Moscou a déclenché une opération logistique d’urgence pour ses milliers de ressortissants présents sur l’île.
L’étau se resserre autour de l’économie cubaine, avec des conséquences directes sur le secteur touristique, vital pour le pays. Selon les informations relayées par Al Jazeera, les autorités russes ont entamé une procédure d’évacuation de leurs citoyens en vacances à Cuba. Cette décision fait suite à une pénurie de carburant d’aviation (Jet A1) si sévère que les compagnies aériennes ne peuvent plus garantir le plein de kérosène nécessaire au vol retour.
Une rupture de la chaîne d’approvisionnement
L’agence fédérale russe du transport aérien, Rosaviatsia, a confirmé que les compagnies Rossiya Airlines et Nordwind Airlines ont dû modifier leurs plans de vol dans l’urgence. « En raison des difficultés de ravitaillement des avions à Cuba », les transporteurs n’opèrent désormais plus que des vols de retour depuis La Havane et Varadero vers Moscou. L’objectif est clair : assurer le rapatriement des quelque 5 000 touristes russes actuellement sur place, comme l’indique l’Association des tour-opérateurs de Russie.
Le ministère russe du Développement économique a par ailleurs émis une recommandation formelle déconseillant tout voyage vers l’île caribéenne. Pour pallier cette situation critique, l’ambassade de Russie à La Havane, en coordination avec Aeroflot, travaille à la mise en place de vols de rapatriement supplémentaires. Moscou envisage également, selon l’agence TASS, d’envoyer des navires d’aide humanitaire chargés de produits pétroliers pour soutenir son allié historique.
Le poids des sanctions américaines
Cette paralysie logistique est la conséquence directe du durcissement de la politique étrangère américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. L’administration américaine a intensifié le blocus, ciblant spécifiquement les approvisionnements pétroliers en provenance du Venezuela. Cette stratégie d’asphyxie s’est accélérée après les événements de janvier impliquant le président vénézuélien Nicolas Maduro.
Le président américain a récemment signé un décret autorisant l’imposition de droits de douane punitifs contre tout pays fournissant du pétrole à Cuba. Cette mesure a drastiquement réduit les importations de l’île, qui ne produit qu’un tiers de ses besoins énergétiques. D’autres transporteurs internationaux, comme Air Canada, Air Transat et WestJet, ont également dû réduire la voilure face à ces contraintes opérationnelles.
Une situation intérieure critique
Au-delà du tourisme, c’est toute la vie quotidienne cubaine qui est impactée. Les transports publics ferroviaires et routiers sont réduits au minimum, des établissements hôteliers ferment leurs portes et le secteur public fonctionne désormais sur une semaine de quatre jours pour économiser l’énergie. Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a alerté la semaine dernière sur le risque d’un « effondrement » humanitaire si les besoins énergétiques de l’île ne sont pas comblés rapidement.


