Quatorze jours après le déclenchement d’une vaste offensive militaire contre l’Iran, les interrogations se multiplient autour de la stratégie commune menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahu. Lancée à la fin du mois de février, l’opération, qui devait initialement être rapide et ciblée, semble désormais s’inscrire dans la durée, alimentant les inquiétudes d’un embrasement régional au Moyen-Orient.
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont en effet engagé une campagne militaire conjointe contre plusieurs infrastructures stratégiques en Iran. Les frappes ont visé des bases militaires, des installations liées au programme de missiles balistiques ainsi que des sites associés au programme nucléaire iranien. Washington et Tel-Aviv ont présenté cette opération comme une action destinée à affaiblir durablement les capacités militaires de Téhéran.
Un conflit qui s’étend rapidement dans la région
La riposte iranienne n’a pas tardé. En représailles aux bombardements, Téhéran a mené plusieurs frappes dans des pays du Golfe accueillant des bases militaires américaines. Ces attaques ont rapidement contribué à élargir la portée du conflit, faisant craindre une escalade régionale impliquant plusieurs acteurs du Moyen-Orient.
Parallèlement aux frappes, l’Iran a également menacé de s’en prendre à tous les navires transitant par le détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique par lequel transite une part importante du pétrole mondial. Les autorités iraniennes ont laissé entendre qu’elles pourraient déployer des mines maritimes dans la zone afin de perturber le trafic maritime, une perspective qui suscite une vive inquiétude au sein de la communauté internationale et particulièrement aux États-Unis.
Des frappes qui continuent de s’intensifier
Deux semaines après le début des hostilités, les opérations militaires se poursuivent avec intensité. Les frappes visant la capitale iranienne Téhéran se multiplient, tandis que plusieurs pays du Golfe restent exposés aux attaques de drones et de missiles.
Le conflit a déjà fait des victimes au-delà des principaux belligérants. En Irak, dans la nuit du jeudi au vendredi 13 mars, un militaire français a été tué lors d’une frappe de drone. Cet incident illustre les risques d’extension du conflit et les conséquences qu’il peut avoir pour les forces étrangères présentes dans la région.
Alors que l’opération militaire était initialement présentée comme une intervention rapide visant des objectifs précis, plusieurs observateurs estiment désormais que la situation pourrait évoluer vers un affrontement plus long et plus complexe. Plus la guerre se prolonge, plus les objectifs politiques et stratégiques des deux principaux alliés semblent diverger.
L’objectif israélien : affaiblir durablement le régime iranien
Du côté israélien, la ligne officielle apparaît particulièrement offensive. Les autorités de Israël affirment vouloir neutraliser les capacités militaires de l’Iran, en particulier celles liées au programme nucléaire et aux missiles balistiques.
Dans une déclaration au Times of Israel le 8 mars, Donald Trump a indiqué que toute décision concernant l’issue du conflit serait prise « mutuellement » avec Benjamin Netanyahu. « Nous avons discuté. Je prendrai une décision au moment opportun, mais tout sera pris en considération », a-t-il déclaré.
Selon l’ambassadeur d’Israël en France, l’objectif de l’État hébreu est de « se débarrasser des capacités nucléaires résiduelles que les Iraniens possédaient après la guerre des douze jours », mais également de réduire leurs capacités balistiques. Les autorités israéliennes affirment aussi vouloir contribuer à la chute du régime iranien, qu’elles décrivent comme une menace majeure pour la stabilité régionale.
Benjamin Netanyahu lui-même a adopté un ton particulièrement ferme. Le Premier ministre israélien a déclaré qu’Israël était en train de « briser les os » du pouvoir iranien depuis le début de l’offensive. Selon lui, l’objectif ultime serait de permettre au peuple iranien de se libérer du régime en place.
Une position américaine plus nuancée
La stratégie américaine apparaît toutefois plus ambiguë. L’administration de Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises l’idée d’un changement de régime à Téhéran, tout en affirmant à d’autres moments que cet objectif ne constituait pas le but officiel de l’opération militaire.
Le président américain a ainsi laissé entendre que la guerre pourrait s’arrêter rapidement si les objectifs militaires étaient atteints. Le 9 mars, il a déclaré que l’intervention pourrait être considérée comme « une excursion » militaire nécessaire et que les opérations étaient « sur le point d’être terminées ».
Cependant, ces déclarations contrastent avec l’intensification des frappes observée sur le terrain, ainsi qu’avec les positions beaucoup plus offensives exprimées par les dirigeants israéliens.
Le 12 mars, Donald Trump a de nouveau justifié l’intervention en affirmant qu’il était « beaucoup plus important d’empêcher un empire du mal, l’Iran, de se doter d’armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier ». Ce message a été publié sur sa plateforme Truth Social.
Des divergences stratégiques entre Washington et Tel-Aviv
Au fil des jours, certains analystes estiment que des divergences pourraient apparaître entre les États-Unis et Israël quant à la manière de conclure le conflit. Washington pourrait privilégier une solution politique impliquant un changement partiel au sommet du régime iranien, afin de favoriser l’arrivée d’un dirigeant jugé plus conciliant.
Cette hypothèse aurait déjà suscité des tensions entre les deux alliés. La chercheuse Yasmina Asrarguis, spécialiste du Moyen-Orient et associée à l’université de Princeton University, a évoqué l’existence d’un point de friction entre les deux capitales. Selon elle, Benjamin Netanyahu aurait contacté Donald Trump afin de vérifier que ce dernier ne menait pas de négociations secrètes avec certains responsables iraniens.
Par ailleurs, la récente désignation de Mojtaba Khamenei comme guide suprême iranien pourrait compliquer les calculs stratégiques américains. Malgré les bombardements et les frappes ciblées contre des dirigeants iraniens, les services de renseignement américains estiment que le régime ne semble pas menacé d’un effondrement immédiat.
Selon l’analyste Vali Nasr, professeur à la Johns Hopkins University, plus la guerre se prolongera, plus des divergences pourraient apparaître entre les États-Unis et Israël concernant la stratégie à adopter.
Une sortie de guerre incertaine
La question du détroit d’Ormuz demeure l’un des principaux points de blocage. Tant que cette voie maritime essentielle pour l’approvisionnement énergétique mondial restera menacée, Washington pourrait avoir des difficultés à mettre un terme aux opérations militaires.
Le conflit représente également un coût financier important pour les États-Unis. Selon des informations relayées par le New York Times et ABC News, la première semaine de guerre aurait déjà coûté plus de 11,3 milliards de dollars à Washington, d’après un briefing du Pentagon devant des membres du Congrès.
Pour Israël, cette guerre prolongée pourrait constituer une opportunité stratégique d’affaiblir durablement le régime iranien. Pour Donald Trump, en revanche, le conflit pourrait devenir un engagement militaire coûteux dont il chercherait à sortir rapidement, notamment sous la pression de sa base politique.
Selon l’analyste Beth Sanner, chercheuse au German Marshall Fund, les États-Unis ne disposeraient pas encore d’une stratégie de sortie clairement définie. Dans ce contexte, le président américain pourrait être tenté de proclamer une victoire politique à tout moment afin de mettre fin à l’opération.


