Dans le paysage politique français, les tensions s’accentuent autour de la proposition de loi dite « Yadan ». La présidente du groupe La France Insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a accusé mercredi le camp présidentiel de vouloir précipiter l’examen de ce texte, dont l’objectif affiché est de réprimer de nouvelles formes d’antisémitisme et l’antisionisme.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, la cheffe de file des députés insoumis a publié une communication tôt mercredi sur le réseau social X. Elle y affirme que l’examen de ce texte dans l’hémicycle, initialement programmé les 16 et 17 avril, pourrait être avancé et inscrit à l’ordre du jour dès cette fin de semaine. Cette modification de calendrier dépendrait de l’adoption par l’Assemblée d’une motion de rejet concernant un tout autre dossier législatif, portant sur la Nouvelle-Calédonie.
S’appuyant sur un courriel interne qu’aurait envoyé l’auteure du texte, la députée de la majorité Caroline Yadan, à ses collègues, Mathilde Panot a dénoncé un « odieux chantage ». La dirigeante de gauche accuse le gouvernement de vouloir utiliser ce dispositif pour criminaliser les voix en faveur de la paix et faire taire les critiques contre la politique israélienne.
Adoptée en commission des lois le 20 janvier 2026, la proposition de loi prévoit un durcissement de l’arsenal juridique français. Elle propose d’élargir le délit d’apologie du terrorisme, de bannir certains slogans utilisés lors des mobilisations pro-palestiniennes, tels que « De la rivière à la mer », et de créer une nouvelle infraction pénalisant la négation de l’existence ou de la légitimité d’un État.
Face à ce texte, une pétition circule actuellement, détaillant les arguments de l’opposition et d’une partie de la société civile. Les signataires exhortent les députés à voter contre le projet, estimant qu’il opère un amalgame entre la haine des Juifs et la critique de la politique de l’État d’Israël. Ils pointent une menace pour la liberté d’expression exposant militants, journalistes et chercheurs à des sanctions pénales, un cautionnement implicite de la colonisation israélienne, et une approche jugée contre-productive. Assimiler la communauté juive à la politique de Benjamin Netanyahou desservirait, selon eux, la véritable lutte contre l’antisémitisme.
Plusieurs organisations de défense des libertés publiques, dont la Ligue des droits de l’homme (LDH) et la Cimade, alertent également sur un texte qu’elles qualifient de flou et potentiellement liberticide.
De son côté, l’exécutif maintient un soutien ferme à cette initiative. Lors du récent dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé la volonté du gouvernement d’inscrire le texte à l’ordre du jour parlementaire d’avril. Le gouvernement, tout comme les instances représentatives juives, met en avant la nécessité d’une réponse pénale face à l’augmentation des actes antisémites en France, évalués à 1 320 pour l’année 2025 par le Crif.

