Après près de deux ans de concertations, les contours de la future loi portant Acte IV de la décentralisation commencent à se dessiner. Si le diagnostic posé par le ministère de tutelle met en lumière les profondes carences financières des collectivités territoriales, les échanges avec les acteurs locaux ont fait émerger un point de désaccord majeur concernant l’avenir de certaines circonscriptions.
Ce jeudi, lors de la rencontre de restitution du rapport provisoire des concertations territoriales, le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires a dressé le bilan d’une décennie de mise en œuvre de l’Acte III. Selon les détails rapportés par le journal Sud Quotidien, Moussa Balla Fofana a exposé des données illustrant la grande vulnérabilité des entités locales : l’autonomie financière moyenne des 553 communes sénégalaises stagne à 46 %. Pire, plus de la moitié d’entre elles ne parviennent à mobiliser que 44 % de leurs recettes totales, les rendant lourdement dépendantes des transferts de l’État pour assurer leur simple fonctionnement.
Face à ce manque de viabilité financière d’une partie des collectivités, l’éventualité d’une suppression ou d’une fusion autoritaire de certaines communes a été évoquée. C’est précisément sur cette option que les élus locaux ont opposé un refus catégorique. Représentant le président de l’Association des maires du Sénégal (AMS), le Dr Macoumba a dévoilé les résultats d’une enquête interne : 80 % des élus territoriaux interrogés désapprouvent la suppression de communes. L’AMS s’est dite favorable à la mutualisation des moyens, au renforcement de l’intercommunalité et à la correction des limites territoriales, mais rejette toute logique de fusion imposée.
Cette position défensive est strictement identique à l’échelon départemental. Ahmed Youssouf Berjeloun, président de l’Association des départements du Sénégal, a écarté toute idée de suppression des conseils départementaux. Il a qualifié le département d’« intercommunalité naturelle », soulignant son rôle indispensable pour mutualiser les ressources rares et porter des projets structurants dépassant l’échelle communale.
Plutôt que des suppressions, les élus exigent des réformes structurelles sur le plan économique. Les recommandations portées par les maires et les présidents de département s’articulent autour d’un mécanisme contractuel de péréquation renforcée pour protéger les communes fragiles, d’une simplification radicale de la fiscalité locale, et d’une mise à disposition prévisible et à bonne date des fonds de dotation de l’État.


