La sécurité mondiale et l’architecture de défense du Vieux Continent ont été au cœur de l’intervention de Kaja Kallas lors de la conférence sur la sécurité d’Oslo. Face à un parterre de diplomates et d’experts, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne a dressé un constat lucide sur les institutions internationales actuelles, tout en tranchant un débat récurrent sur l’autonomie stratégique militaire de l’Europe vis-à-vis de l’Alliance atlantique.
La diplomate estonienne n’a pas usé de détours pour qualifier l’état actuel des Nations unies. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, Kaja Kallas estime que l’organisation internationale « ne remplit clairement pas son rôle comme elle le devrait ». Si elle reconnaît la valeur des principes de la Charte de l’ONU, elle pointe une défaillance critique au niveau de la responsabilité et de l’application concrète de ces règles. Pour pallier cette faiblesse, Bruxelles préconise désormais de développer le droit international en collaboration étroite avec les nations qui soutiennent activement un ordre fondé sur des règles.
Au-delà de la gouvernance mondiale, c’est sur la question de la défense européenne que Kaja Kallas a apporté les précisions les plus techniques. Elle a rappelé que les dépendances extérieures rendent le bloc européen « vulnérable », une leçon apprise « à la dure » par les États membres. L’objectif affiché est donc de renforcer la défense collective, permettant ainsi de couvrir une zone géographique plus étendue, malgré les réticences budgétaires souvent invoquées par les ministères nationaux.
Cependant, ce renforcement capacitaire ne doit pas être confondu avec la création d’une structure militaire concurrente. Kaja Kallas a fermement écarté l’idée d’une armée européenne distincte de l’OTAN, qualifiant même cette perspective d’« extrêmement dangereuse ». L’argument central avancé par la diplomate repose sur une contrainte opérationnelle incontournable : l’unicité de la chaîne de commandement.
Pour la responsable européenne, ceux qui réclament une armée continentale séparée négligent les aspects pratiques d’une situation de crise. Avec des soldats et des budgets uniques, il est impossible de gérer deux structures parallèles. « Qui donne les ordres à qui ? », a-t-elle interrogé, soulignant que la coexistence de deux armées créerait une confusion fatale sur le terrain. La stratégie de l’UE reste donc celle de la complémentarité : renforcer le pilier européen au sein de l’OTAN, sans jamais « jeter l’Alliance par la fenêtre ».

