C’est l’épilogue d’une séquence politique particulièrement éprouvante pour la capitale de l’Europe. Ce jeudi, à Bruxelles, un accord décisif a été scellé pour la mise en place d’un nouvel exécutif régional, refermant une parenthèse d’incertitude institutionnelle qui pesait sur la gestion de la ville depuis les élections de juin 2024. Cette sortie de crise, officialisée en début de soirée, permet à la région de se doter enfin d’une équipe aux pleins pouvoirs après une attente d’une durée inédite.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, la nouvelle coalition regroupera sept formations politiques issues aussi bien de la gauche que de la droite. L’architecture de cette majorité s’articule principalement autour du Mouvement réformateur (MR) et du Parti socialiste (PS), les deux forces dominantes du collège francophone. Georges-Louis Bouchez, président du MR, a confirmé cette entente devant la presse, marquant la fin de trois jours de négociations intensives qui ont permis de surmonter les derniers points de blocage.
Une paralysie qui redéfinit les records nationaux
L’ampleur de cette crise se mesure à l’aune de l’histoire politique belge, pourtant coutumière des négociations à rallonge. La région de Bruxelles-Capitale, forte de 1,2 million d’habitants, était privée de gouvernement de plein exercice depuis plus de 600 jours. Cette durée dépasse désormais celle de la célèbre crise fédérale de 2010-2011, durant laquelle le royaume était resté 541 jours sans exécutif, un record mondial à l’époque.
La complexité du système institutionnel bruxellois a largement contribué à cette situation. Dans un Parlement de 89 sièges, une majorité devait être trouvée distinctement au sein des élus francophones (72 sièges) et néerlandophones (17 sièges). Du côté néerlandophone, l’équation a finalement été résolue par l’intégration de quatre partis, dont les écologistes de Groen et les libéraux d’Anders (ex-Open VLD). Cette configuration a permis de contourner les vétos croisés, notamment le refus catégorique du PS de gouverner avec l’Alliance néo-flamande (N-VA) du Premier ministre Bart De Wever.
Un coût financier lourd pour la collectivité
Au-delà de l’imbroglio politique, cette vacance du pouvoir a eu des répercussions concrètes sur la gestion publique. L’absence d’exécutif empêchait l’adoption d’une trajectoire budgétaire claire, bloquant de nombreux investissements et subventions. D’après Yvan Verougstraete, dirigeant centriste cité par nos sources, chaque mois de blocage alourdissait la dette régionale d’environ 100 millions d’euros.
Cette situation avait fini par préoccuper jusqu’au sommet de l’État, le roi Philippe ayant publiquement exprimé ses inquiétudes fin janvier quant aux conséquences pour les citoyens. Le texte de l’accord doit désormais être soumis à l’approbation des instances internes de chaque parti avant l’entrée en fonction officielle de la nouvelle équipe gouvernementale.

