Les travailleurs de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS), regroupés au sein des syndicats SYNPAP et SYNPICS, ont tenu un point de presse ce lundi 29 décembre 2025, devant les locaux du média public. Arborant des brassards rouges, ils ont exprimé un profond malaise social, dénonçant une situation qu’ils qualifient de « dramatique ». « Nous ne vivons plus, nous survivons. Nous étouffons », ont martelé les agents, visiblement éprouvés.
Pour eux, la RTS, jadis perçue comme un joyau du service public, est devenue une « prison dorée où l’on travaille le cœur meurtri, dans l’angoisse permanente ».
Salaires amputés et acquis suspendus
Au cœur des revendications, figure la réduction brutale des salaires consécutive à la suspension de l’accord d’entreprise en vigueur depuis plus de vingt ans.
Selon les syndicalistes, cet accord, qui aurait dû être renégocié depuis longtemps, est appliqué depuis 21 ans avec des rémunérations calculées sur le coût de la vie de 2005.
« Depuis l’avènement du nouveau régime, seuls les travailleurs de la RTS ont vu leur salaire réduit. C’est inédit et inhumain », a dénoncé Alioune Badara Kane, responsable des revendications du SYNPICS/RTS, s’exprimant sous l’autorisation du secrétaire général Youssouf Kaba.
Les agents rappellent que dans le droit syndical, un acquis ne se touche pas, encore moins le salaire considéré comme « sacré ».
Détresse sociale et psychologique
Selon eux, les conséquences de cette situation sont lourdes : endettement bancaire, incapacité à subvenir aux besoins familiaux, difficultés de transport, de restauration supprimée et détresse psychologique grandissante.
« Il y a aujourd’hui des travailleurs dépressifs à la RTS. En ce moment, nous avons besoin de l’intervention d’un psychologue, parce que ce qui se passe ici est extrêmement grave », a alerté Alioune Badara Kane.
Certains agents affirment ne plus pouvoir payer leur transport, honorer leurs crédits bancaires et assurer les charges familiales importantes. « Un salarié sénégalais nourrit au minimum quinze personnes », rappelle-t-il.
Gestion décriée et appel à un audit
Les travailleurs de la RTS dénoncent également une gestion opaque de la structure et réclament l’intervention des corps de contrôle de l’État pour auditer certaines pratiques, notamment autour de l’organisation du Village de la CAN à la place de la Nation.
Ils pointent ce qu’ils qualifient de népotisme ainsi qu’un manque de dialogue, d’écoute et d’humanisme de la part de leur directeur général Pape Alé Niang. « Il ne salue même pas ses collaborateurs. Il ne priorise ni le dialogue ni la concertation », fustige Mama Moussa Niang, journaliste et coordonnateur de SYNPAP à la RTS.
Ils s’indignent, par ailleurs, de voir les dirigeants maintenir, voire augmenter leurs rémunérations alors que les agents subissent des sacrifices.
« Depuis deux ans, Pape Alé Niang nous demande d’attendre. On a patienté pendant deux bonnes années. Il nous parlait de rationalisation, de redressement, de dette cachée, entre autres. Il nous fait attendre depuis et pendant ce temps lui, il gagne bien sa vie, il touche son salaire de 5,6 millions, il bouge entre les avions de gauche à droite au détriment des travailleurs qui ont vu leurs salaires réduits, qui se retrouvent avec des salaires dérisoires, qui perdent leur dignité. C’est égoïste, c’est inhumain et ça doit cesser. Nous ne pouvons plus continuer à vivre cette situation dans l’indifférence », explique Mama Moussa Niang.
Point de presse empêché dans l’enceinte de la RTS
Autre fait dénoncé : c’est le refus de la Direction générale de la RTS d’autoriser la tenue du point de presse à l’intérieur des locaux de la RTS.
Selon les syndicalistes, l’accès a été bloqué par des forces de sécurité, empêchant les journalistes d’entrer pour couvrir le point de presse qui s’est finalement tenu devant les locaux de la RTS.
Un appel aux plus hautes autorités
Face à ce climat délétère, les travailleurs appellent solennellement le président de la République, le Premier ministre Ousmane Sonko et le ministre de la Communication à intervenir. « La RTS n’appartient pas à Pape Alé Niang. C’est un patrimoine national, un service public », rappelle-t-il.
Les syndicalistes exigent ainsi la levée immédiate de la suspension de l’accord d’entreprise, la restauration de tous les acquis sociaux (accords d’entreprise, avances Tabaski, scolaire, restauration et une gestion plus humaine et transparente). “Nous ne quémandons rien, nous réclamons nos droits”.
Pour la première fois de son histoire, la RTS voit ses travailleurs descendre dans la rue. Un fait que les agents qualifient d’inédit, honteux et révélateur d’un malaise profond.
« Derrière les plateaux et les sourires à l’antenne se cachent la fatigue, la souffrance et la galère des travailleurs. Que les Sénégalais le sachent, que les autorités le sachent. Les travailleurs de la RTS souffrent », ont-ils conclu.
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