L’intensification des opérations militaires israéliennes au Liban a provoqué un exode massif de la population. Au-delà des pertes humaines, la stratégie de l’armée israélienne se dessine à travers la nature de ses cibles, redessinant la géographie et l’accès à plusieurs zones du pays.
Depuis le 2 mars, le Liban fait face à une crise humanitaire majeure. Selon la chaîne Al Jazeera, l’offensive israélienne a contraint plus de 1,2 million de personnes à fuir leur domicile, dont 350 000 enfants. Cela représente 20 % de la population totale du pays. Les données de l’Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) recensent plus de 1 840 attaques menées par les forces israéliennes, causant la mort de plus de 1 497 personnes et faisant plus de 4 639 blessés, d’après le ministère libanais de la Santé publique.
L’armée israélienne, qui affirme viser les bastions du Hezbollah, a concentré une partie de ses opérations sur les infrastructures de liaison. Les frappes ont particulièrement ciblé les ponts et les points de passage dans le sud du Liban. D’après les informations rapportées par Al Jazeera, cette tactique vise à isoler des communautés entières. La destruction du pont de Dalafa, qui relie les villages du sud à l’ouest de la Bekaa, illustre cette démarche. L’objectif est de restreindre l’accès à la région de la Bekaa, rendant impossible pour les habitants de rejoindre le carrefour principal de Chtoura pour accéder aux hôpitaux et aux services publics. Les attaques aériennes ont également sectionné des routes clés, notamment entre Sohmor et Yohmor, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).
Parallèlement, le périmètre des ordres d’évacuation forcée s’est considérablement élargi. Initialement limités à la banlieue sud de Beyrouth, à la région de la Bekaa et au sud du fleuve Litani, ces ordres s’étendent désormais jusqu’au nord du fleuve Zahrani, à environ 40 km de la frontière israélienne. Le Conseil norvégien pour les réfugiés indique que ces directives d’évacuation couvrent aujourd’hui plus de 1 470 kilomètres carrés, soit environ 14 % du territoire libanais.
Des villes stratégiques comme Khiam, dans le district de Marjayoun, se vident de leurs habitants face à l’intensité des combats et à l’installation de nouveaux postes militaires israéliens dans des secteurs comme Bint Jbeil. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a publiquement déclaré la semaine dernière son intention de détruire les villes frontalières libanaises et de maintenir l’occupation du sud du pays.


