À l’approche du mois sacré de Ramadan, une atmosphère lourde pèse sur Sanaa. Dans la capitale yéménite, les préparatifs spirituels se heurtent à une angoisse palpable : la crainte d’une nouvelle campagne de bombardements. Alors que la population tente de se relever des séquelles de l’année précédente, la rhétorique guerrière des dirigeants Houthis face aux États-Unis laisse présager un retour des hostilités.
Le traumatisme de l’opération « Rough Rider » reste vif dans les mémoires. Menée par Washington durant le Ramadan dernier, cette campagne aérienne, officiellement destinée à neutraliser les infrastructures militaires des rebelles, s’est soldée par un lourd bilan humain. Selon les données disponibles, au moins 224 civils ont perdu la vie lors de ces frappes. Ahmed Abdu, livreur de 28 ans rencontré par nos confrères d’Al Jazeera, se souvient de la perte de son outil de travail et de la panique généralisée lors d’une frappe dans le quartier d’al-Jiraf le 19 mars 2025.
Cette année, le répit semble compromis par un alignement stratégique assumé. À dix jours du début du jeûne, les Houthis ont organisé une manifestation massive à Sanaa sous le slogan « Inébranlables et prêts pour le prochain round ». Le message politique est clair : le mouvement lie désormais son destin militaire à celui de Téhéran.
Mohammed al-Bukhaiti, membre du bureau politique des Houthis, a explicitement averti que toute « agression militaire » américaine contre l’Iran entraînerait une intervention immédiate de leurs forces. « Nous sommes des hommes d’action, pas de paroles », a-t-il déclaré à la télévision iranienne, qualifiant une telle éventualité de déclencheur pour une guerre régionale totale. Abdel-Malik al-Houthi, le chef du mouvement, a renchéri en dénonçant la volonté de domination américano-israélienne au Moyen-Orient.
Cette posture inquiète une population civile qui se sent prise en otage. Faisal Abdulkareem, un ouvrier du bâtiment témoin des explosions de l’an passé, résume le sentiment général : « Nous avons jeûné de nourriture et de boisson, mais pas de peur et de chagrin ». Pour beaucoup, la solidarité affichée avec l’Iran ne devrait pas primer sur la sécurité intérieure. Ammar Ahmed, étudiant en droit, estime que les missiles houthis ne paralyseront pas l’armée américaine mais attireront inévitablement des représailles sur les zones résidentielles.
L’envoyé spécial des Nations Unies, Hans Grundberg, a rappelé devant le Conseil de sécurité que toute stabilisation partielle reste fragile sans un règlement politique global. Une fragilité que souligne Abulsalam Mohammed, du Centre d’études et de recherche Abaad, précisant qu’une implication des Houthis dans un conflit américano-iranien pourrait accélérer une offensive terrestre combinée des forces saoudiennes et du gouvernement yéménite reconnu par l’ONU.


