Le paysage bancaire français s’apprête à connaître une mutation profonde au cours des trois prochaines années. Alors que le secteur traverse une zone de turbulences sociales, plusieurs grandes institutions financières ont officialisé des plans de réduction d’effectifs significatifs. Ces décisions, qui concernent des milliers d’emplois, ne sont pas le fruit d’une crise économique classique, mais répondent à une logique de transformation structurelle précise.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, deux poids lourds du secteur, la Société Générale et BNP Paribas, ont confirmé la suppression cumulée d’environ 3 000 postes à l’horizon 2027. La Société Générale a indiqué, le 22 janvier, prévoir la suppression de 1 800 postes sur le territoire français. De son côté, BNP Paribas a dévoilé un plan concernant 1 200 postes à l’échelle mondiale, dont 600 spécifiquement en France, touchant particulièrement certaines activités de gestion d’actifs.
Le virage numérique et l’intelligence artificielle en cause
La justification avancée par les directions de ces groupes repose sur une double nécessité de modernisation : la digitalisation accrue des services et le recours grandissant à l’intelligence artificielle. Ces leviers technologiques, censés optimiser les opérations, entraînent mécaniquement une révision des besoins en ressources humaines. Pour mettre en œuvre ces réductions, les banques privilégient l’attrition naturelle, c’est-à-dire le non-remplacement des départs à la retraite et les mobilités internes, écartant pour l’heure les licenciements secs.
Un climat social sous tension
Ces annonces surviennent dans un contexte déjà marqué par des frictions sociales. Le 23 janvier, un mouvement de grève a perturbé plusieurs caisses régionales du Crédit Agricole, les syndicats dénonçant la dégradation des conditions de travail. La fédération syndicale FO Banques a réagi aux annonces de restructuration en soulignant que ces suppressions ne sont pas des cas isolés.
Pour l’organisation syndicale, le recours à l’attrition naturelle masque une diminution progressive des effectifs sans les filets de sécurité habituels. Elle alerte sur l’intensification de la charge de travail pour les employés restants et la dégradation du service de proximité. Les données sectorielles confirment ce recul de la présence physique : le nombre d’agences bancaires en France a chuté, passant de plus de 38 000 en 2010 à environ 33 000 aujourd’hui.

