C’est un retournement de situation politique aussi brutal qu’inattendu pour les observateurs de la scène américaine. Alors que le Michigan avait basculé en faveur des Républicains lors de la présidentielle de 2024, porté notamment par un vote sanction de l’électorat arabo-américain contre l’administration précédente, la réponse de la Maison Blanche vient de tomber. Loin de la reconnaissance espérée, une décision administrative majeure place désormais des milliers de ces électeurs dans une situation de précarité juridique immédiate.
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a officiellement révoqué le statut de protection temporaire (TPS) pour le Yémen. Cette mesure, qui permettait aux ressortissants yéménites présents sur le sol américain d’échapper à l’expulsion en raison de la guerre civile dans leur pays d’origine, ne sera pas renouvelée. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette décision expose directement environ 2 300 personnes à un risque de renvoi vers une zone toujours instable.
**Une « trahison » ressentie dans le Michigan**
La pilule est particulièrement amère pour les leaders communautaires qui avaient appelé à voter Donald Trump. Walid Fidama, militant démocrate de longue date devenu soutien républicain en 2024, ne cache pas son amertume. Pour lui, le président réédite les erreurs de ses prédécesseurs en tenant ses électeurs pour acquis. Il dénonce des politiques qu’il qualifie d’« arbitraires et cruelles ».
Même son de cloche chez Amer Ghalib, ancien maire d’Hamtramck près de Detroit. Celui qui avait activement participé à la montée de la popularité de Donald Trump dans le Michigan — où le candidat républicain est passé de 11 % à 55 % des voix dans certains quartiers de Dearborn — parle d’une décision « très regrettable ». Malgré ses contacts avec de hauts responsables de la Maison Blanche, ses avertissements sur les risques encourus par les expulsés n’ont pas infléchi la position de l’administration.
**La justification sécuritaire face à la réalité du terrain**
Pour justifier cette révocation, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a invoqué l’intérêt national. « Le TPS a été conçu pour être temporaire, et cette administration ramène le TPS à son intention initiale », a-t-elle déclaré, affirmant que le Yémen ne remplissait plus les conditions requises par la loi.
Cet argumentaire contraste fortement avec les données du terrain. Bien qu’un cessez-le-feu fragile soit en vigueur depuis 2022, les Nations Unies recensaient l’année dernière encore plus de 4,5 millions de déplacés internes. Le Département d’État lui-même maintient un avis de « ne pas voyager » vers le Yémen en raison des risques de terrorisme, de troubles civils et de mines antipersonnel.
**Bataille juridique en vue**
Wali Altahif, activiste basé à Dearborn, résume le sentiment général par des mots durs : « Les gens se sentent trahis. Ils se sentent poignardés dans le dos. » Au-delà du sentiment politique, c’est la crainte de la séparation des familles et des persécutions au retour qui domine.
Face à cette situation, des avocats spécialisés en immigration, comme Reyadh Nagi à New York, préparent la riposte. L’objectif est de contester la méthode d’évaluation des conditions de sécurité au Yémen par le DHS. Si l’administration Trump a déjà ciblé d’autres nationalités, comme les Haïtiens, cette décision spécifique résonne comme un avertissement pour les communautés immigrées qui pensaient avoir trouvé un allié de circonstance.


