L’annulation de la victoire du Sénégal à la Coupe d’Afrique des Nations, deux mois après une finale mouvementée, provoque une onde de choc qui dépasse largement le cadre sportif. La décision de la Confédération africaine de football (CAF) de réattribuer le titre au Maroc engendre une riposte institutionnelle de Dakar et fragilise les relations historiques entre les deux pays.
Mardi dernier, le jury d’appel de la CAF a statué que l’équipe sénégalaise avait déclaré forfait en quittant l’aire de jeu sans l’autorisation de l’arbitre, accordant ainsi une victoire sur tapis vert (3-0) au Maroc. Lors de cette finale, la rencontre avait été interrompue pendant 14 minutes. Les joueurs et le staff sénégalais avaient regagné les vestiaires pour protester contre un penalty controversé accordé aux Marocains — finalement manqué — et un but refusé au Sénégal. À leur retour sur le terrain, les Sénégalais s’étaient finalement imposés 1-0 après prolongation.
Face à ce revirement, les autorités sénégalaises ont décidé de contre-attaquer. Le gouvernement a annoncé sa volonté d’épuiser toutes les voies de recours et a formellement réclamé l’ouverture d’une enquête internationale concernant des soupçons de corruption au sein de l’instance dirigeante du football africain. Dans la foulée, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a mandaté ses avocats pour porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), une procédure juridique qui pourrait s’étirer sur une année.
Cette accusation de corruption intervient dans un climat de suspicion où certains supporters estiment que le Maroc, co-organisateur de la Coupe du Monde 2030, bénéficierait d’un traitement de faveur de la part des instances. Des allégations balayées par le président de la CAF, Patrice Motsepe. Selon les informations rapportées par le média Al Jazeera, le dirigeant a assuré dans une vidéo officielle qu’aucun pays du continent ne recevrait un traitement préférentiel ou plus avantageux qu’un autre.
Au-delà de la bataille juridique, le litige affecte directement les rapports humains et diplomatiques. Le mois dernier, un tribunal marocain a condamné 18 supporters sénégalais à des peines allant jusqu’à un an de prison pour des faits de hooliganisme lors de la finale. L’État sénégalais a publiquement exprimé sa solidarité envers ses ressortissants incarcérés.
Sur le terrain, la perception mutuelle se dégrade. Des témoignages recueillis par Al Jazeera auprès d’étudiants sénégalais à Dakar et de commerçants marocains à Casablanca font état d’une crispation grandissante, contrastant avec les liens profonds tissés historiquement par la confrérie tidiane, les échanges commerciaux et les programmes universitaires. Face à la montée des tensions, l’ambassade du Maroc à Dakar a publié un communiqué appelant ses ressortissants à la retenue et à la vigilance, rappelant que l’issue d’un match ne justifie aucune escalade entre peuples frères.


