Le processus de transfert de souveraineté d’un archipel stratégique de l’océan Indien vient de subir un coup d’arrêt majeur. Alors que Londres et Port-Louis avaient trouvé un consensus historique l’année dernière, l’agenda parlementaire britannique a été brutalement révisé.
Le gouvernement du Royaume-Uni a décidé d’écarter de son prochain ordre du jour le projet de loi prévoyant la rétrocession des îles Chagos à l’île Maurice. Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, cette suspension découle directement de l’opposition du président américain Donald Trump. « Nous avons toujours dit que nous ne procéderions à l’accord que s’il bénéficiait du soutien des États-Unis », a précisé un porte-parole du gouvernement britannique dans un communiqué relayé ce week-end par les agences Reuters et AFP.
En mai dernier, le Royaume-Uni et Maurice avaient conjointement annoncé un accord prévoyant le retour de la pleine souveraineté de l’archipel à Maurice, situé à environ 2 000 kilomètres de là. Le compromis incluait la location par la Grande-Bretagne de l’île de Diego Garcia — la plus grande de l’archipel et abritant une base militaire stratégique — pour une durée de 99 ans, afin d’y préserver les opérations américaines.
Cette architecture diplomatique s’est heurtée à l’hostilité de Donald Trump, qui avait qualifié la démarche d’« acte d’une grande stupidité » en janvier. Si le président américain avait semblé modérer sa position en février après un échange avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, il a par la suite relancé ses critiques sur son réseau Truth Social. Il y a affirmé que céder les îles Chagos constituerait une « tache pour notre grand allié », qualifiant la décision de « grave erreur ».
Face à ce blocage, les autorités britanniques tentent de maintenir l’équilibre. La déclaration officielle souligne que Diego Garcia constitue un atout militaire clé pour les deux pays alliés et que la garantie de sa sécurité opérationnelle à long terme demeure la priorité absolue. Notre rédaction note que le gouvernement britannique affirme poursuivre ses échanges à la fois avec les États-Unis et Maurice.
Ces divergences interviennent dans une séquence de tensions entre l’administration de Donald Trump et le gouvernement de Keir Starmer, exacerbée par la situation au Moyen-Orient. Le Royaume-Uni dirige actuellement une coalition de plus de trente pays pour protéger la navigation dans le détroit d’Ormuz, une initiative lancée sans la participation américaine lors des discussions initiales.
Pour rappel, la Grande-Bretagne contrôle les Chagos depuis 1814. La construction de la base de Diego Garcia, qui a joué un rôle central lors des opérations militaires américaines au Vietnam, en Irak et en Afghanistan, s’était accompagnée de l’expulsion forcée de milliers de Chagossiens. En 2019, la Cour internationale de justice avait émis une recommandation formelle exigeant la restitution de l’archipel à l’île Maurice.


