Depuis une décennie, le Sénégal multiplie les réformes pour assainir la gestion de ses deniers publics, de l’adoption de la loi organique relative aux lois de finances (Lolf) à la mise en œuvre du budget-programme. Pourtant, le système de contrôle peine à produire les effets escomptés. Une récente étude menée par l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (Cicodev Afrique) dresse un état des lieux chiffré de la redevabilité budgétaire.
Sur le plan macroéconomique, les indicateurs s’éloignent drastiquement des standards communautaires. Selon les résultats de l’étude rapportés par Le Quotidien, le déficit budgétaire a atteint 12,3 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2024, dépassant largement la norme de 3 % fixée par l’Uemoa. La dette publique brute s’établit quant à elle à 119 % du PIB, franchissant le seuil de soutenabilité communautaire plafonné à 70 %. L’organisation souligne que l’accumulation de dépenses rigides, couplée à des subventions massives et des tensions de trésorerie, a considérablement réduit l’espace fiscal destiné aux investissements sociaux.
Ce dérapage financier s’accompagne de failles institutionnelles majeures. Bien que l’architecture de contrôle soit dotée de multiples organes tels que la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances (IGF), l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) ou encore l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop), leur efficacité se heurte à un cloisonnement opérationnel. Les données exploitées par notre rédaction indiquent une fragmentation du dispositif et une faible interopérabilité des systèmes d’information. À titre d’exemple, le taux d’application des recommandations formulées par l’IGF reste inférieur à 40 %.
L’implication citoyenne et médiatique constitue un autre maillon faible identifié par l’évaluation, soutenue par la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (Acbf). Actuellement, à peine 30 % des organisations de la société civile exploitent les outils de transparence existants, comme le budget citoyen. Parallèlement, le manque de spécialisation des médias en journalisme économique limite la vulgarisation des enjeux budgétaires auprès du grand public.
Face à ces dysfonctionnements structurels, Cicodev Afrique a initié un dialogue politique réunissant institutions publiques, organes de contrôle et société civile. Le directeur exécutif de l’organisation, Amadou Kanouté, insiste sur la nécessité d’une approche consensuelle pour formuler des solutions adaptées à chaque étape de la chaîne budgétaire. Parmi les mesures soumises à l’appréciation des acteurs, le Dr Mame Mor Sène préconise la création d’une cellule technique budgétaire à l’Assemblée nationale, l’institutionnalisation d’un cadre permanent de dialogue entre l’État et la société civile, ainsi que le déploiement d’un programme national de formation dédié aux journalistes économiques.


