La neutralisation du programme nucléaire de Téhéran reste au centre des tensions entre les États-Unis et la République islamique. Alors que le président Donald Trump étudie l’envoi de forces spéciales pour s’emparer des réserves d’uranium hautement enrichi, des experts mettent en lumière les défis tactiques et environnementaux d’une telle intervention.
Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, l’Iran détiendrait environ 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %. Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), estime que cette quantité suffirait théoriquement à produire plus de dix ogives nucléaires. Près de la moitié de ce stock serait entreposée dans le complexe souterrain d’Ispahan, le reste se trouvant potentiellement sur le site de Natanz. Ces installations ont déjà subi des dommages lors des récentes frappes israélo-américaines.
Une opération terrestre américaine, éventuellement appuyée par des troupes israéliennes, nécessiterait de pénétrer à plus de 480 kilomètres à l’intérieur des terres iraniennes. Jason Campbell, ancien haut responsable de la défense américaine et chercheur au Middle East Institute, souligne la nécessité d’acheminer des équipements lourds, comme des excavatrices, pour dégager les entrées de tunnels ensevelies sous les décombres. Il juge l’opération d’excavation sous un feu ennemi constant comme étant irréalisable sur le plan logistique.
Au-delà de l’accès au site, la nature même de la matière pose un défi structurel. Cheryl Rofer, ancienne radiochimiste au laboratoire national de Los Alamos, indique que l’uranium est très probablement conservé sous forme de gaz hexafluorure. Ce composé réagit avec l’eau pour produire des produits chimiques extrêmement toxiques et corrosifs. Les cylindres de stockage doivent être maintenus à distance les uns des autres pour éviter une multiplication incontrôlée des neutrons, ce qui rend toute manipulation d’urgence périlleuse.
L’option d’une destruction sur place par les équipes spécialisées de l’armée américaine (Army Nuclear Disablement Teams) comporte également des risques de grande ampleur. Francois Diaz-Maurin, spécialiste des questions nucléaires, précise qu’une explosion du stock contaminerait chimiquement l’environnement immédiat avec du fluorure d’uranyle. Par ailleurs, il serait impossible de garantir la destruction totale des cylindres, laissant à Téhéran la possibilité de récupérer suffisamment de matière pour poursuivre son programme.
Face à ces contraintes matérielles, la voie d’un accord reste évoquée par certains observateurs. En 1994, lors de l’opération secrète Projet Sapphire, les États-Unis avaient exfiltré 600 kilogrammes d’uranium du Kazakhstan avec l’accord des autorités locales, une manœuvre qui avait nécessité un mois de travail ininterrompu. L’AIEA envisage une approche similaire pour l’Iran, bien que Rafael Grossi rappelle qu’aucune extraction sécurisée ne peut s’opérer sous les bombardements actuels.


