La déclassification massive des documents judiciaires américains liés à l’affaire Jeffrey Epstein continue de produire une onde de choc au sein de la classe politique française. Alors que la justice américaine a rendu publics, fin janvier, des milliers de pages comprenant courriels et témoignages, les répercussions ne se limitent plus aux simples spéculations sur les réseaux sociaux. Plusieurs figures de premier plan, dont un ancien ministre emblématique et un diplomate en poste, se retrouvent directement citées, entraînant des réactions immédiates au sommet de l’État.
Le nom de Jack Lang apparaît comme le plus fréquemment mentionné dans ces archives, selon les éléments rapportés par l’agence Anadolu. Face à la pression médiatique et politique grandissante, l’ancien ministre de la Culture a pris l’initiative de proposer sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA), une institution qu’il dirige depuis plus d’une décennie. Cette décision intervient dans un contexte judiciaire chargé : le Parquet national financier a ouvert une enquête pour des soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée. Les investigations portent notamment sur des transactions financières impliquant Jeffrey Epstein et la fille de l’ancien ministre. Jack Lang conteste fermement toute implication criminelle, évoquant des relations purement superficielles avec le financier américain décédé en 2019.
Au-delà du cas de l’ancien ministre, l’exécutif français doit gérer la mise en cause d’un membre actif de sa diplomatie. Fabrice Aidan, cité à plusieurs reprises dans les documents, fait l’objet d’une procédure disciplinaire. Le président Emmanuel Macron a réagi avec fermeté, qualifiant d’« inacceptable » le maintien en fonction d’un diplomate si des faits compromettants étaient avérés. Le chef de l’État a par ailleurs exigé que « toute la clarté soit faite » sur l’absence de traitement antérieur de ces informations. De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a saisi la justice, mentionnant des « soupçons très graves » incluant des accusations de violences sexuelles et de malversations. L’avocate de Fabrice Aidan a fait savoir que son client contestait l’intégralité des accusations.
Cette affaire judiciaire se double d’une tension diplomatique avec Moscou. L’Élysée a dénoncé une campagne de désinformation visant à lier directement Emmanuel Macron au scandale Epstein, attribuant ces rumeurs à des réseaux pro-russes utilisant l’intelligence artificielle. Des accusations balayées par le Kremlin et la diplomatie russe, qui ont qualifié ces allégations de « fake bon marché », niant toute ingérence dans ce dossier qui mêle désormais enjeux judiciaires et guerre de l’information.

