Face à l’érosion progressive des règles qui régissent les relations internationales, l’Union européenne tente de redéfinir sa posture diplomatique et économique. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient, les dirigeants des institutions européennes ont profité d’une tribune au Parlement pour tracer les lignes rouges de leur politique étrangère. Au-delà des conflits armés, c’est la nature même des échanges avec les partenaires historiques qui fait l’objet d’une vigilance accrue à Bruxelles.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dressé un constat lucide devant les eurodéputés ce mercredi. Selon elle, l’évolution actuelle de l’ordre international n’est pas une phase transitoire, mais une transformation permanente marquée par le retour de la « force brute ». Si l’Europe continue de privilégier le dialogue et les solutions négociées, elle se dit désormais prête à agir avec « unité, célérité et détermination » si la situation l’exige. Cette adaptation passe par le renforcement des leviers de puissance du continent, notamment une économie robuste et un marché unique compétitif.
L’un des points névralgiques de cette intervention concerne les relations commerciales entre alliés. Ursula von der Leyen a lancé un avertissement clair contre l’instrumentalisation des arguments sécuritaires pour justifier l’imposition de droits de douane supplémentaires. Sans nommer explicitement les États-Unis, elle a souligné le risque d’une « dangereuse spirale descendante » qui ne profiterait, selon elle, qu’aux adversaires du bloc occidental. Pour Bruxelles, la sécurité de l’Arctique et l’alignement au sein de l’OTAN ne doivent pas servir de prétexte à des barrières économiques injustifiées.
Sur le plan géopolitique, la question du Groenland a été abordée sous l’angle de la souveraineté. Tout en reconnaissant l’importance stratégique et les ressources de ce territoire, la présidente de la Commission a rappelé que le Groenland est avant tout « la patrie d’un peuple libre » et que seuls les Groenlandais peuvent décider de leur avenir. Cette déclaration s’inscrit dans une volonté plus large de diversifier les partenariats commerciaux de l’UE, comme en témoignent l’accord avec le Mercosur et les négociations avec l’Inde, perçus comme des gages d’indépendance.
De son côté, le président du Conseil européen, Antonio Costa, a appuyé cette vision en rejetant fermement un ordre mondial dicté par la politique de puissance. D’après les informations rapportées par l’agence Anadolu, Antonio Costa a insisté sur le fait que l’Union européenne ne peut accepter que « la loi du plus fort prime sur les droits du plus faible ». Il a étendu cette exigence de respect du droit international à l’ensemble des théâtres de crise actuels, citant l’Ukraine, Gaza, l’Amérique latine, mais aussi l’Afrique.
Pour faire face à ces défis, Antonio Costa a esquissé une stratégie reposant sur trois piliers : une Europe de principes, une Europe protectionniste et une Europe de prospérité. Il a réitéré que les règles internationales ne sont pas facultatives et que les alliances ne sauraient se réduire à de simples transactions. La proposition européenne reste celle des partenariats plutôt que des barrières tarifaires, ces dernières risquant de compromettre gravement les relations transatlantiques existantes.

