Un mois après les manifestations meurtrières ayant secoué l’Iran, la réouverture des universités a ravivé les tensions à travers le pays. Des milliers d’étudiants ont investi les campus, se heurtant rapidement aux forces de l’ordre et aux milices pro-gouvernementales dans un climat de forte polarisation.
À Téhéran, les établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux, dont l’Université de Téhéran, l’Université de technologie de Sharif, Amirkabir et Shahid Beheshti, ont été le théâtre de vastes rassemblements. Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, des affrontements ont éclaté entre les étudiants contestataires et des groupes soutenant l’État théocratique, en grande partie affiliés à l’organisation paramilitaire Basij, rattachée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). À l’extérieur des campus, un important dispositif de sécurité a été déployé. Des images montrent des forces lourdement armées repoussant violemment les étudiants aux entrées principales.
Ce mouvement de contestation s’étend au-delà de la capitale. À l’Université Ferdowsi de Machhad, dans le nord-est du pays, des vidéos diffusées en ligne témoignent de charges des forces de sécurité contre les étudiants. Dans la province d’Ilam, au sein du village d’Abdanan, d’importantes foules se sont réunies pour célébrer la libération d’un enseignant à la retraite, arrêté violemment la veille à son domicile.
Le traitement médiatique de ces événements illustre une profonde fracture. Les médias d’État et ceux affiliés au CGRI diffusent des images d’étudiants du Basij brûlant des drapeaux américains et israéliens, scandant des slogans tels que « Mort à l’Amérique » ou « La mort ou Khamenei ». À l’inverse, les vidéos virales partagées par les organisations étudiantes montrent des manifestants criant « Mort au dictateur » et « Femme, vie, liberté ». C’est dans ce contexte de défiance qu’une frange de la contestation a brandi le drapeau iranien d’avant la révolution islamique de 1979, orné du lion et du soleil, un geste perçu comme un soutien à Reza Pahlavi.
Parallèlement, les familles des victimes des manifestations de janvier, marquées par une coupure totale des communications, commémorent le quarantième jour de deuil de manière inédite. Rompant avec les normes imposées par l’État, des rassemblements s’organisent en musique, sous des applaudissements et des signes de victoire, pour honorer la mémoire des défunts.
La question du bilan humain cristallise les oppositions. Le gouvernement iranien fait état de 3 117 morts, imputant ces décès à des « terroristes » soutenus par les États-Unis et Israël, et rejette les accusations des Nations Unies. Cependant, les chiffres indépendants dressent un tout autre tableau. L’agence de presse HRANA a vérifié plus de 7 000 décès et enquête sur près de 12 000 autres cas. La rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits de l’homme en Iran, Mai Sato, estime que plus de 20 000 civils pourraient avoir perdu la vie. De son côté, Donald Trump a publiquement avancé un bilan s’élevant à 32 000 morts. Face à ces divergences, les autorités maintiennent de strictes restrictions d’accès à Internet pour la septième semaine consécutive, tout en refusant l’intervention d’une mission d’enquête indépendante de l’ONU.


