L’escalade militaire au Moyen-Orient ne se limite pas aux champs de bataille. La quête de valeurs refuges par les investisseurs bouscule les équilibres financiers internationaux. Face à cette dynamique, les autorités helvétiques se voient contraintes d’ajuster leur dispositif monétaire pour préserver leur économie, sous le regard attentif de Washington.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, la Banque nationale suisse (BNS) a décidé ce jeudi de maintenir son taux directeur à 0 %. Toutefois, l’institution a officiellement fait part de sa volonté accrue d’intervenir sur les marchés des changes. Cette posture vise à contrer une appréciation excessive et rapide du franc suisse, dopé par les tensions géopolitiques liées au conflit impliquant l’Iran.
Le franc suisse joue traditionnellement un rôle de valeur refuge en période d’incertitude. Cependant, une monnaie trop forte menace directement les exportations du pays et accentue les pressions déflationnistes. Avec un taux d’inflation annuel s’établissant à peine à 0,1 %, la marge de manœuvre de la BNS est extrêmement réduite pour procéder à de nouvelles baisses de taux, sauf à renouer avec les taux négatifs en vigueur jusqu’en 2022. Les interventions directes sur le marché des devises s’imposent donc comme le principal levier d’action.
Cette politique de change expose la Suisse à des frictions commerciales, particulièrement avec les États-Unis. Le département du Trésor américain a déjà placé le pays sur une liste de surveillance pour ses pratiques macroéconomiques. L’an dernier, Washington avait imposé des droits de douane de 39 % sur les produits suisses en invoquant ces pratiques, un taux ultérieurement abaissé à 15 % suite à un accord. La situation reste précaire : l’administration Trump a récemment ouvert une enquête au titre de la section 301 visant seize partenaires commerciaux, dont la Suisse, ouvrant la voie à de possibles nouvelles mesures restrictives.
Dans son évaluation, la BNS précise que les perspectives d’inflation à moyen terme demeurent stables, malgré les risques à court terme liés aux prix de l’énergie. Le contexte régional au Moyen-Orient reste le principal facteur de volatilité. La campagne militaire d’envergure menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a fait plus de 1 300 morts à ce jour, incluant le guide suprême Ali Khamenei. En riposte, les attaques iraniennes de drones et de missiles ont conduit à la fermeture de fait du détroit d’Ormuz à la majorité des navires. Ce passage stratégique voit habituellement transiter 20 millions de barils de pétrole par jour, représentant près de 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié.

