Une réflexion sur la sémantique française met en lumière les réalités du paysage politique national. Dans une chronique publiée par le journal Sud Quotidien, Henriette Niang Kandé décortique les nuances linguistiques qui séparent la grandeur d’une fonction publique de son simple exercice administratif, dressant un portrait analytique des acteurs publics.
L’auteure s’attarde d’abord sur la distinction fondamentale entre un « homme d’État » et un « homme de l’État ». Selon le texte, le premier se projette sur plusieurs décennies, accepte l’impopularité inhérente aux réformes structurelles et bâtit des institutions pour les générations futures. À l’inverse, le second limite son horizon au calendrier électoral et à la gestion quotidienne de l’appareil administratif. La chronique souligne que l’histoire retient les doctrines laissées par les visionnaires, tandis que les simples gestionnaires ne laissent derrière eux que des circulaires.
L’analyse aborde ensuite la différence d’échelle entre une « affaire d’État », qui relève de la crise nationale et mobilise la souveraineté du pays, et une « affaire de l’État », souvent circonscrite à des querelles de compétences bureaucratiques ou budgétaires dans l’indifférence du grand public.
La réflexion s’étend également aux différents profils gravitant autour de l’exécutif. Une ligne de démarcation est tracée entre l’« homme de pouvoir », qui assume ses décisions, tranche et accepte la responsabilité de ses actes, et l’« homme du pouvoir ». Ce dernier est décrit comme un professionnel de l’alignement, un acteur politique capable de traverser les alternances et de changer de camp avec souplesse, sans jamais assumer de responsabilités directes dans les choix impopulaires.
Appliquant cette grille de lecture au contexte national, la chronique de Sud Quotidien aboutit à un constat précis concernant le Sénégal. L’auteure observe que le pays compte actuellement une abondance d’« hommes du pouvoir » et d’« hommes dans l’État », ainsi que quelques « hommes de pouvoir ». Les véritables « hommes d’État », selon l’analyse, demeurent une exception rare, leur présence se limitant le plus souvent aux incantations des discours officiels plutôt qu’à une inscription réelle dans l’histoire politique du pays.


