La tension sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) vient de franchir un nouveau palier dramatique. Mercredi 11 mars, une frappe aérienne a visé une zone résidentielle de Goma, entraînant des pertes civiles et provoquant une onde de choc diplomatique.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, l’explosion a touché une vaste habitation à deux étages située dans un quartier de la ville régulièrement fréquenté par le personnel humanitaire et les expatriés. C’est lors de cette attaque qu’a perdu la vie Karine Buisset, une ressortissante française employée par l’UNICEF. Elle œuvrait au sein du service dédié à la protection des enfants vulnérables face à la crise congolaise.
La confirmation de ce décès a immédiatement fait réagir les autorités françaises. Le président Emmanuel Macron a exprimé ses condoléances, appelant au strict respect du droit humanitaire et du personnel engagé sur le terrain. Par la voix de son ministère des Affaires étrangères, Paris a formulé une demande expresse : le lancement d’une enquête indépendante et impartiale pour établir les responsabilités de cette frappe. La diplomatie française, qui s’est dite prête à y contribuer, a par ailleurs exhorté les différentes parties à s’abstenir de toute instrumentalisation de ce drame.
Au sein des Nations Unies, la condamnation est unanime. Catherine Russell, directrice exécutive de l’UNICEF, a rappelé que les travailleurs humanitaires ne devaient jamais constituer des cibles. De son côté, Bruno Lemarquis, chef par intérim de la mission onusienne au Congo (MONUSCO), a dénoncé l’utilisation de drones armés dans des zones habitées. Il a souligné que de telles attaques contre le personnel de l’ONU sont susceptibles d’être qualifiées de crimes de guerre en vertu du Statut de Rome, réclamant à son tour des investigations rapides et crédibles pour traduire les auteurs en justice.
Cet incident mortel s’inscrit dans un contexte d’escalade militaire dans la région des Grands Lacs. Lawrence Kanyuka, porte-parole du mouvement rebelle M23, a confirmé que Goma avait été touchée par un drone dans la matinée de mercredi. Malgré les tentatives de médiation des États-Unis et une proposition de cessez-le-feu portée par l’Angola, les affrontements se sont intensifiés ces derniers jours entre l’armée congolaise et le M23. Ce dernier contrôle désormais un territoire important, incluant les capitales provinciales de Goma et Bukavu, conquises au début de l’année 2025.
Alors que la RDC, les pays occidentaux et l’ONU accusent le Rwanda de soutenir les rebelles – une allégation formellement rejetée par Kigali –, les tensions transfrontalières demeurent vives. Jean Maurice Uwera, porte-parole adjoint du gouvernement rwandais, a réagi en déclarant que cette frappe mettait en évidence la menace pesant aux abords de la frontière de son pays. La veille de cet incident tragique, l’armée congolaise affirmait avoir abattu deux drones attribués aux forces rwandaises et à leurs alliés dans le secteur de Minembwe, illustrant la forte militarisation de l’espace aérien dans ce conflit.

