Entre désarroi et colère, une partie de l’opinion appelle désormais à la démission du ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, mais aussi du Premier ministre, Ousmane Sonko. En cause : un fait inédit dans l’histoire récente de la gouvernance financière du Sénégal. Pour la première fois, le rapport d’exécution budgétaire du 2ᵉ trimestre 2025 a été publié sans la moindre mention des dépenses détaillées de la Présidence de la République, de la Primature et de l’Assemblée nationale. Une omission que d’aucuns jugent volontaire, et qui soulève un tollé.
Quand la transparence budgétaire disparaît des radars
Le document officiel, rendu public, ne présente que des agrégats globaux :
- « Dépenses de personnel » : 724,1 milliards FCFA (toutes institutions confondues)
- « Acquisitions de biens et services » : 162,6 milliards FCFA
- « Transferts courants » : 844,9 milliards FCFA
Mais plus de traces des rubriques spécifiques consacrées à la Présidence, la Primature et l’Assemblée nationale. Un vide inédit depuis 2012.
« Une violation flagrante de la loi «
Pour Amadou Cissé Ndiaye, professeur de droit des affaires à l’UGB, le constat est clair :
« Oui, la suppression des lignes budgétaires détaillées de la Présidence, de la Primature et de l’Assemblée nationale est susceptible de constituer une violation de la loi sénégalaise », tranche-t-il.
Il cite la loi n°2012-22 du 27 décembre 2012 sur la transparence dans la gestion des finances publiques :
- Article 7 : obligation de présenter clairement et en détail les dépenses de chaque institution publique ;
- Article 8 : exigence de sincérité et de comparabilité inter-annuelle ;
- Article 12 : obligation de justifier toute modification ou omission substantielle.
Or, le rapport 2025 ne fournit ni explication ni justification.
Quelles sanctions possibles ?
Selon le même spécialiste, seule la Cour des comptes est habilitée à intervenir.
« Le refus ou l’omission de publier des informations budgétaires requises peut valoir avertissement, blâme ou, en cas de manquement caractérisé, transmission au procureur », rappelle-t-il.
Mais en attendant une éventuelle réaction, le silence des autorités nourrit la suspicion.
Pour l’opposition, le scandale est énorme. Abdoulaye Galo Diao accuse :
« Nous sommes face à une violation flagrante du Code de transparence. Le ministre Cheikh Diba, le Premier ministre Ousmane Sonko et le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, doivent répondre devant le peuple. »
Et de rappeler que si le président de la République est pénalement irresponsable dans l’exercice de ses fonctions, il n’en reste pas moins le garant ultime de la transparence et de la bonne gouvernance.
Une communication fuyante
Contactés à plusieurs reprises, les services du ministère des Finances n’ont pas donné suite. Un silence jugé intenable.
En coulisses, des informations circulent : Ousmane Sonko aurait retiré au ministre Diba une bonne partie de ses prérogatives, notamment sur les dépenses d’investissement, désormais validées directement par la Primature.
Si tel est le cas, pourquoi ne pas le dire publiquement ? Le mutisme alimente davantage la défiance.
Ce que certains qualifient déjà de « scandale financier de grande envergure » pourrait marquer un tournant. Car au-delà des chiffres, c’est la confiance dans les institutions qui vacille.
La balle est désormais dans le camp de la Cour des comptes. Mais le peuple, lui, s’interroge : peut-on parler de transparence quand des pans entiers du budget disparaissent des radars ? A coup sur Thiat aurait inscrit cette anomalie dans la version remix de son single POROZé .


