La situation sécuritaire à la frontière syrienne impose une réorganisation d’urgence dans la gestion des combattants de l’État islamique. Alors que les évasions se multiplient dans les prisons gérées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), un vaste mouvement de transfert de détenus vers le sol irakien a été enclenché sous supervision américaine. Toutefois, lors d’un échange diplomatique de haut niveau avec l’Union européenne, Bagdad a tenu à préciser que cet accueil ne se ferait pas sans une contrepartie structurelle de la part de la communauté internationale.
**Une responsabilité partagée exigée par Bagdad**
L’Irak accepte le principe du transfert, mais refuse d’en assumer seul le coût. C’est la position défendue par le ministre irakien des Affaires étrangères, Fuad Hussein, lors d’un entretien téléphonique avec Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, le chef de la diplomatie irakienne a insisté sur le fait que son pays « ne doit pas supporter seul les conséquences sécuritaires et financières de ce dossier ».
Pour les autorités irakiennes, la gestion de ces milliers de détenus relève d’une responsabilité collective impliquant « l’ensemble des pays concernés », notamment les nations européennes d’où sont originaires certains combattants ou qui ont un intérêt stratégique à la neutralisation de ces groupes. Kaja Kallas a, pour sa part, salué « l’accord préliminaire » de Bagdad pour accueillir ces prisonniers, tout en discutant des moyens de renforcer la coopération bilatérale sur ce sujet sensible.
**Jusqu’à 7 000 détenus concernés par le transfert**
Cette mise au point diplomatique intervient dans un contexte opérationnel intense. Le Commandement central américain (CENTCOM) a confirmé le lancement d’une opération logistique visant à déplacer les détenus depuis le nord-est de la Syrie, où les infrastructures sont jugées vulnérables, vers des centres de haute sécurité en Irak.
Le processus a déjà débuté avec le transfert de 150 combattants depuis la province de Hassaké. À terme, ce sont près de 7 000 détenus liés à Daech qui devraient être placés sous le contrôle des autorités irakiennes. Cette décision fait suite à l’incapacité croissante des FDS à garantir l’étanchéité de leurs prisons, marquée par plusieurs évasions récentes.
**Vers des poursuites judiciaires systématiques**
Au-delà de la détention, l’Irak prépare le volet légal de cette opération. Le Conseil suprême de la magistrature irakienne a annoncé son intention d’engager des poursuites pénales contre les individus transférés. Cette judiciarisation marque une étape décisive dans le traitement du dossier, transformant l’Irak non plus seulement en zone de transit ou de détention, mais en juridiction compétente pour juger les crimes commis par l’organisation terroriste dans la région.

