Après trois semaines d’opérations militaires conjointes contre l’Iran, la campagne menée par les États-Unis et Israël entre dans une nouvelle dimension. Si l’offensive initiale affichait une coordination totale pour démanteler les capacités iraniennes, l’évolution récente des frappes sur le terrain met en lumière des stratégies opérationnelles de plus en plus distinctes entre Washington et Tel-Aviv.
Selon les éléments analysés par Al Jazeera, l’offensive s’est déroulée en trois phases. La première a consisté en une campagne massive visant les capacités militaires traditionnelles et les sommets de l’État, marquée par la mort du Guide suprême Ali Khamenei et de hauts cadres des Gardiens de la révolution (IRGC) dès le 28 février. La deuxième phase s’est concentrée sur les infrastructures de sécurité intérieure, ciblant les quartiers généraux de l’IRGC et de la milice paramilitaire du Bassidj, tout en s’accompagnant de bombardements à la frontière ouest avec l’Irak.
La troisième phase, amorcée récemment, a marqué un tournant. Israël a mené des frappes directes contre le gisement gazier de South Pars, une infrastructure civile essentielle. Cette initiative, visant à paralyser la fourniture d’électricité et de gaz, a provoqué des représailles immédiates de Téhéran contre les installations gazières de Ras Laffan au Qatar et la raffinerie de Samref en Arabie saoudite.
L’attaque israélienne sur South Pars a déclenché une réaction directe de Donald Trump. Le président américain a publiquement condamné cette initiative, affirmant qu’Israël avait agi sans l’approbation de Washington et que les États-Unis n’étaient pas informés de cette opération spécifique.
Cette divergence publique souligne une différence fondamentale dans les objectifs finaux des deux alliés. Lors d’une audition parlementaire, la directrice du renseignement national américain (DNI), Tulsi Gabbard, a précisé que la stratégie de l’administration de Donald Trump se limite à la destruction des capacités de production de missiles balistiques et de la marine iranienne. À l’inverse, Israël privilégie une transformation profonde du régime. Cette approche s’est traduite par les assassinats de hauts responsables iraniens par Israël, à l’image du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, et du ministre du Renseignement, Esmail Khatib.
Sur le plan strictement militaire, la Maison Blanche revendique la destruction de 120 navires iraniens et plus de 7 800 cibles atteintes au cours de 8 000 missions de combat. Pour intensifier la pression, l’armée américaine a déployé pour la première fois des bombes antibunker GBU-72/B de plus de deux tonnes afin de viser des sites de missiles fortifiés près du détroit d’Ormuz. Parallèlement, 2 000 Marines de la 31e unité expéditionnaire ont été redéployés dans la région.
Concernant le volet nucléaire, Tulsi Gabbard a indiqué que le programme d’enrichissement iranien avait été « anéanti » lors des frappes américaines de l’année précédente. Toutefois, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a rappelé l’étendue de ces installations à travers le pays. Andreas Krieg, chercheur au King’s College de Londres, précise que si les frappes aériennes peuvent retarder le programme, elles ne suffiront pas à l’éliminer totalement si les stocks de combustible et les infrastructures souterraines survivent.


