L’exercice de transparence s’est transformé en affrontement politique majeur au Capitole. Ce mercredi, pendant près de cinq heures, la commission judiciaire de la Chambre des représentants a soumis la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, à un interrogatoire serré concernant la gestion des archives liées au défunt financier Jeffrey Epstein. Au centre des débats : la décision du ministère de la Justice de maintenir certains documents sous scellés ou partiellement censurés, alimentant les soupçons d’une protection accordée à de hautes personnalités.
**Une transparence jugée sélective par les élus**
L’audition, officiellement consacrée à la surveillance du ministère de la Justice, a rapidement pivoté vers l’application du « Epstein Files Transparency Act ». Cette loi, votée en novembre avec un soutien bipartisan, impose la publication des documents relatifs à l’affaire dans un format accessible. Si le texte autorise des caviardages limités pour protéger l’identité des victimes, de nombreux élus estiment que l’administration abuse de cette prérogative pour dissimuler l’identité de figures puissantes.
Face à ces critiques, Pam Bondi a défendu l’action de ses services. Selon Al Jazeera, la procureure générale a justifié ces restrictions par l’existence d’« enquêtes en cours » et la nécessité absolue de protéger la vie privée des victimes. Elle a qualifié Jeffrey Epstein de « monstre » et présenté ses excuses aux survivantes présentes dans la salle, tout en refusant, lors d’un échange tendu avec la représentante démocrate Pramila Jayapal, de se retourner pour leur faire face physiquement.
**Accusations de couverture politique**
Le climat s’est particulièrement détérioré lorsque les élus démocrates ont abordé la question du président Donald Trump. Jamie Raskin, représentant du Maryland, a accusé le ministère de la Justice d’orchestrer une « dissimulation massive » et de s’être transformé en « instrument de vengeance » au service de l’exécutif. Il a souligné la lenteur de la publication des dossiers, notant que sur les six millions de documents attendus, seule la moitié a été transmise.
Les échanges ont viré à l’altercation avec la représentante Jasmine Crockett, qui a quitté la salle après avoir qualifié l’administration de « complice ». Pam Bondi a vigoureusement rejeté ces allégations, qualifiant les interventions démocrates de « théâtre » et rappelant qu’elle a consacré sa carrière à la lutte pour les victimes.
**Ce que les fichiers disent des liens avec l’exécutif**
La présence du nom de Donald Trump dans les archives a cristallisé les tensions. Les documents confirment une relation sociale entre les deux hommes dans les années 1990 et la présence de l’actuel président sur le jet privé d’Epstein à au moins huit reprises. Toutefois, Pam Bondi a insisté sur l’absence de toute preuve incriminant Donald Trump dans des crimes sexuels. Elle a également rejeté comme « ridicules » les questions du démocrate Ted Lieu suggérant la participation du président à des fêtes avec des mineures.
Un élément d’archive a néanmoins été soulevé : un entretien du FBI datant de 2019 avec l’ancien chef de la police de Palm Beach, Michael Reiter. Ce dernier y affirme avoir reçu un appel de Donald Trump en 2006, au moment où les charges contre Epstein devenaient publiques, pour le féliciter de son action.
**Des noms dévoilés en séance**
L’audition a également été marquée par la révélation de nouvelles identités par le représentant démocrate Ro Khanna. Après avoir consulté les fichiers non censurés, il a cité six noms apparaissant dans les documents, dont celui du milliardaire Leslie Wexner et de Sultan Ahmed bin Sulayem, dirigeant de l’entreprise logistique DP World. Al Jazeera précise n’avoir pas pu vérifier indépendamment les affiliations de ces personnes.
Le républicain Thomas Massie a, pour sa part, pointé un « échec massif » du ministère à respecter la loi, s’interrogeant sur le caviardage initial du nom de Wexner dans un document du FBI listant les co-conspirateurs potentiels. Pam Bondi a rétorqué que cette erreur avait été rectifiée en moins de 40 minutes après son signalement.


