La diplomatie sud-américaine connaît un tournant majeur quelques semaines après le changement de pouvoir à Caracas. Alors que les relations entre la Colombie et le Venezuela avaient été mises à l’épreuve par les dernières élections contestées, les deux pays viennent de convenir d’une reprise des échanges au plus haut niveau. Une étape décisive a été franchie avec l’annonce d’une rencontre bilatérale, dont les contours et l’ordre du jour ont été précisés par les deux chefs d’État.
C’est une normalisation rapide qui s’opère entre Bogota et la nouvelle administration vénézuélienne. La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a confirmé avoir échangé avec son homologue colombien, Gustavo Petro, pour sceller un accord de principe sur une réunion prochaine. Cette annonce, faite via les réseaux sociaux, marque la volonté des deux voisins de dépasser les tensions récentes pour se concentrer sur des intérêts communs vitaux.
Cúcuta, épicentre de la nouvelle coopération
Si la date exacte reste à définir, le lieu proposé par le président colombien ne doit rien au hasard. S’exprimant depuis La Guajira, Gustavo Petro a invité Delcy Rodriguez à se réunir à Cúcuta. Cette ville frontalière, véritable baromètre des relations entre les deux nations qui partagent plus de 2 200 kilomètres de frontière commune, devrait accueillir les discussions. L’ordre du jour s’annonce dense : les deux dirigeants prévoient d’aborder les questions de sécurité, les projets d’infrastructures, mais surtout la coopération énergétique, un dossier stratégique pour la région.
« Nous continuons à promouvoir une relation de compréhension et de bénéfices partagés pour le bien-être de nos peuples », a déclaré Delcy Rodriguez, soulignant une volonté de pragmatisme économique.
Un virage diplomatique pour Gustavo Petro
Cette rencontre signale une évolution notable dans la posture de Gustavo Petro. Le président colombien, première figure de gauche à diriger son pays, avait œuvré dès 2on arrivée en 2022 au rétablissement des liens avec le Venezuela, alors sous la présidence de Nicolas Maduro. Cependant, la relation s’était détériorée suite à l’élection présidentielle vénézuélienne de 2024. Gustavo Petro avait publiquement remis en cause la transparence du scrutin et refusé de reconnaître la légitimité des résultats, allant jusqu’à boycotter l’investiture de Maduro en 2025.
Le contexte a radicalement changé depuis le 3 janvier, date du transfert forcé de Nicolas Maduro vers New York lors d’une opération militaire américaine. L’installation de Delcy Rodriguez, soutenue par la Cour suprême vénézuélienne et reconnue par l’administration américaine, a rebattu les cartes. Washington, sous la présidence de Donald Trump, a d’ailleurs commencé à alléger certaines sanctions pour faciliter la production pétrolière, incitant ses partenaires à engager le dialogue avec la nouvelle direction à Caracas.
Le Venezuela sort de l’isolement
Cette annonce intervient alors que le Venezuela multiplie les contacts internationaux. Le pays a récemment accueilli le Premier ministre du Qatar, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani. Parallèlement, selon des sources citées par Al Jazeera, une délégation militaire américaine de haut rang a effectué une visite non médiatisée à Caracas, signe d’une reprise des canaux diplomatiques avec le Pentagone après des années de rupture.


