La réduction de l’espace humanitaire dans la bande de Gaza franchit un nouveau seuil critique. Alors que les besoins sanitaires demeurent immenses dans l’enclave palestinienne, l’une des organisations médicales les plus actives sur le terrain se voit contrainte de cesser ses activités. Le ministère israélien des Affaires de la diaspora a acté, ce dimanche, la fin des opérations de Médecins Sans Frontières (MSF), fixant une date butoir imminente pour le retrait complet de ses équipes.
Au cœur de cette décision radicale se trouve un désaccord administratif aux lourdes conséquences sécuritaires. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les autorités israéliennes exigeaient de l’ONG la transmission d’une liste exhaustive de son personnel palestinien local. Cette mesure, présentée comme une exigence standard applicable à toutes les organisations humanitaires opérant dans la zone, n’a pas été respectée par MSF.
L’organisation médicale a justifié son refus par l’absence de garanties suffisantes concernant l’utilisation de ces données et les risques potentiels pesant sur la sécurité de ses employés. Face à ce que Tel-Aviv qualifie de « manquement au protocole contraignant », la sanction est tombée : MSF devra avoir quitté la bande de Gaza d’ici le 28 février prochain.
Les tensions entre l’État hébreu et l’ONG ne sont pas nouvelles. Le ministère israélien avait précédemment allégué que deux employés de MSF entretenaient des liens avec le Hamas et le Jihad islamique, des accusations fermement rejetées par l’organisation caritative. Pour justifier l’expulsion, le ministère affirme que MSF s’était engagée début janvier à partager la liste de son personnel avant de se rétracter.
Le départ forcé de cette structure risque de déstabiliser davantage un système de santé déjà exsangue. MSF joue un rôle central dans le dispositif médical de l’enclave, assurant actuellement la gestion d’environ 20 % des lits d’hôpitaux et le fonctionnement de vingt centres de santé. Les chiffres de l’année 2025 illustrent l’ampleur de cette présence : plus de 800 000 consultations médicales réalisées et plus de 10 000 accouchements assistés.
Interrogé par Al Jazeera, James Smith, médecin urgentiste basé à Londres, analyse cette décision comme une extension de « l’instrumentalisation systématique de l’aide » par Israël. Il souligne que la neutralisation des travailleurs de santé palestiniens — plus de 1 700 tués selon ses données — a créé une dépendance profonde envers les organisations internationales. De son côté, MSF rappelle avoir perdu 15 de ses collaborateurs depuis le début de la guerre en octobre 2023.
Plusieurs groupes d’aide humanitaire alertent désormais sur le risque d’effondrement total des services critiques, notamment les soins d’urgence et la pédiatrie, si le soutien international venait à disparaître. Sans la présence d’acteurs comme MSF, des centaines de milliers de résidents pourraient se retrouver privés d’accès aux soins de base dès le mois prochain.


