Alors que les hostilités se poursuivent entre Téhéran et Washington, la question de l’implication de Moscou dans le conflit se précise. Le président américain Donald Trump a récemment estimé que la Russie aidait « un peu » la République islamique. Une évaluation qui reflète une dynamique complexe d’échanges militaires et d’intérêts géopolitiques croisés.
Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, la coopération militaire entre Moscou et Téhéran est concrète. La Russie fournit des données satellitaires et de renseignement permettant de localiser les navires de guerre et les aéronefs américains. Pavel Luzin, expert du programme spatial russe, précise que le système de satellites espions Liana est spécifiquement utilisé pour identifier les groupes aéronavals américains. La Russie a également joué un rôle central dans le développement du programme spatial iranien, notamment avec le lancement en 2022 du satellite d’observation Khayyam depuis Baïkonour.
Cet appui tactique s’inscrit dans un cadre de livraisons mutuelles. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’Iran a fourni à Moscou des munitions, des composants balistiques et des drones kamikazes Shahed. En retour, ces appareils ont été modernisés par l’industrie de l’armement russe. Des composants avancés, comme le module de navigation Kometa-B qui agit comme un bouclier anti-brouillage, se retrouvent désormais dans les drones utilisés par les forces pro-iraniennes pour frapper des cibles occidentales au Moyen-Orient. Les tactiques russes d’envoi de vagues de drones leurres pour saturer les défenses antiaériennes sont également appliquées par Téhéran.
Toutefois, le volume de cette assistance atteint un plafond dicté par les priorités du Kremlin. Les analystes consultés par Al Jazeera soulignent que la Russie ne cherche pas nécessairement une victoire militaire iranienne décisive. La prolongation du conflit au Moyen-Orient sert directement l’économie de guerre de Vladimir Poutine.
En perturbant le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, l’Iran a provoqué une flambée des cours du pétrole, le baril de Brent dépassant la barre des 100 dollars. Cette conjoncture financière permet à Moscou de soutenir son propre effort militaire en Europe de l’Est. Face à cette situation, l’administration de Donald Trump, qui tente de consolider une alliance régionale face à l’Iran, a dû suspendre temporairement certaines sanctions sur le pétrole russe transporté par voie maritime afin d’atténuer le choc économique mondial.
Conscient des limites de l’aide russe, Téhéran adapte ses opérations. Les autorités iraniennes, face à un rapport de force déséquilibré sur le plan conventionnel, s’appuient sur la pression économique globale et les frappes asymétriques, sachant que l’appui de Moscou restera strictement conditionné à ses objectifs en Ukraine.


