La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, entrée dans sa deuxième semaine, déborde largement du cadre militaire pour frapper de plein fouet l’économie mondiale. Alors que les chaînes logistiques maritimes subissent des perturbations majeures, les marchés de l’énergie font face à une crise d’approvisionnement qui menace de s’inscrire dans la durée.
Depuis le début des hostilités il y a huit jours, les cours mondiaux du pétrole ont bondi de plus de 25 %. Aux États-Unis, le prix moyen de l’essence a atteint 3,41 dollars le gallon, enregistrant une hausse de 0,43 dollar en une seule semaine. Le brut américain s’est établi juste en dessous de 91 dollars le baril, marquant sa plus forte progression hebdomadaire depuis 1983. Face à cette escalade, Goldman Sachs a émis un avertissement clair : le baril pourrait franchir la barre des 100 dollars si les blocages maritimes persistent. Cette dynamique inflationniste représente une vulnérabilité politique majeure pour le Président Donald Trump, à l’approche des élections de mi-mandat.
La situation sur le terrain s’est transformée en un blocage opérationnel tangible. Selon Al Jazeera, environ un cinquième de l’offre mondiale de brut et de gaz naturel est actuellement suspendu. Les forces iraniennes ciblent activement les navires dans le détroit d’Ormuz, un point de passage vital entre les côtes iraniennes et Oman, ainsi que les infrastructures énergétiques de la région.
La quasi-fermeture de ce détroit a contraint les principaux producteurs du Golfe — l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Koweït — à suspendre l’expédition de près de 140 millions de barils, soit l’équivalent d’environ 1,4 jour de demande mondiale. Les capacités de stockage de la région se remplissant rapidement, plusieurs champs pétroliers en Irak et au Koweït ont dû stopper leur production. Des analystes de JP Morgan soulignent que le marché ne réagit plus seulement au risque géopolitique, mais à des contraintes d’exportation bien réelles. Selon Amir Zaman, responsable chez Rystad Energy, la remise en route de ces installations pourrait prendre des semaines, voire des mois, en fonction des infrastructures concernées.
Selon les éléments consultés par notre rédaction, les répercussions s’étendent également au secteur gazier et aux infrastructures de raffinage. Le Qatar, qui fournit 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial, a déclaré un cas de force majeure sur ses exportations à la suite d’attaques de drones iraniens. Le retour à une production normale pourrait nécessiter au moins un mois. Parallèlement, l’immense raffinerie et terminal d’exportation de Ras Tanura, appartenant à Saudi Aramco, a été fermée en raison de frappes, sans qu’un bilan précis des dégâts ne soit encore communiqué.


