Les diplomates iraniens et américains se sont retrouvés à Mascate, la capitale omanaise, pour une série d’échanges indirects visant à désamorcer les tensions régionales. Si les autorités de Téhéran, citées par Al Jazeera, qualifient ces discussions de « positives », la réalité du terrain reste marquée par une militarisation accrue et des désaccords fondamentaux sur le périmètre des négociations.
La délégation iranienne, conduite par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, a échangé via la médiation omanaise avec une équipe américaine comprenant l’envoyé spécial Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre du président Donald Trump. La présence du chef du commandement central américain (CENTCOM), Brad Cooper, souligne la dimension sécuritaire critique de cette rencontre.
**Un climat de méfiance persistante**
Bien que qualifiée de « bon début » par Abbas Araghchi à la télévision iranienne, cette reprise du dialogue intervient dans un contexte de défiance. Le chef de la diplomatie iranienne a rappelé que les décisions pour les prochains rounds nécessiteront des consultations avec les capitales respectives. Cette prudence s’explique par les événements de juin dernier, où l’armée américaine avait ciblé des sites nucléaires iraniens lors d’une intervention brève aux côtés d’Israël, quelques jours seulement avant une session de pourparlers prévue.
Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr bin Hamad Al Busaidi, qui a fait la navette entre les deux délégations, a indiqué que l’objectif était de « clarifier les pensées » des deux parties pour identifier des zones de progrès possibles.
**La ligne rouge tracée par Téhéran**
Le point de friction central réside dans l’étendue des exigences de l’administration Trump. Washington conditionne tout accord à l’abandon total par l’Iran de l’enrichissement d’uranium et exige l’arrêt du soutien aux groupes armés en Irak, au Liban, au Yémen et en Syrie. Surtout, les États-Unis demandent une limitation de la portée des missiles balistiques iraniens.
C’est sur ce dernier point que la position iranienne se fige. Le gouvernement de Téhéran a réitéré qu’il ne négocierait que sur le volet nucléaire pour obtenir la levée des sanctions. Les discussions sur l’arsenal balistique constituent, selon nos informations, une « ligne rouge » infranchissable. Pour appuyer cette position, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a procédé jeudi au tir d’essai d’un missile Khorramshahr-4, capable d’atteindre les bases américaines dans la région.
**Pression militaire et réalité sociale**
En marge des salons diplomatiques, les États-Unis ont positionné le porte-avions USS Abraham Lincoln et renforcé leurs défenses aériennes à proximité des eaux iraniennes. Donald Trump a menacé à plusieurs reprises d’attaquer l’Iran en l’absence d’un nouvel accord global.
À l’intérieur du pays, la population suit ces développements avec une inquiétude palpable. L’économie iranienne subit l’un des taux d’inflation les plus élevés au monde. Si certains résidents de Téhéran espèrent que les négociations éloigneront le spectre de la guerre, d’autres, marqués par la répression des récentes manifestations qui ont fait plus de 3 000 morts selon les chiffres gouvernementaux, expriment un fatalisme, voire un souhait d’escalade pour sortir du statu quo.


