Dans un entretien accordé à plusieurs médias internationaux, le président français a tenu à dissiper toute illusion concernant la stabilité actuelle des relations transatlantiques. Alors qu’une certaine détente semblait s’installer entre Bruxelles et Washington, Emmanuel Macron appelle ses partenaires européens à ne pas baisser la garde. Le chef de l’État français estime que l’accalmie observée n’est que temporaire et pointe déjà la prochaine zone de turbulence qui devrait secouer l’alliance.
Pour le locataire de l’Élysée, l’Europe vit ce qu’il qualifie de « moment Groenland ». Cette expression fait référence à la stratégie de pression cyclique adoptée par l’administration américaine : des menaces soudaines, suivies d’une intimidation intense, avant un recul apparent qui laisse croire à la fin du conflit. « Ne croyez pas une seconde que c’est fini », a martelé le président, dont les propos ont été relayés par Al Jazeera. Selon lui, cette méthode vise à affaiblir structurellement l’Union européenne, Washington cherchant, d’après son analyse, le « démembrement » du bloc communautaire.
Au-delà de la méthode, Emmanuel Macron a désigné avec précision le prochain terrain d’affrontement. Si les tensions commerciales classiques restent une réalité, c’est sur le terrain technologique que l’offensive est attendue. Le président français se dit certain que les États-Unis attaqueront l’Union européenne « dans les mois à venir » sur la question de la régulation numérique. En ligne de mire : le Digital Services Act (DSA), l’arsenal législatif européen visant à encadrer les géants de la tech, que Washington considère comme une entrave à la liberté d’expression et aux intérêts de ses entreprises.
Face à ce qu’il décrit comme une « instabilité minute par minute » venant des États-Unis et un « tsunami chinois » sur le front commercial, Macron plaide pour un changement de doctrine économique. Il défend le concept de « préférence européenne » plutôt que de protectionnisme strict. Pour soutenir cette ambition et combler les besoins d’investissement estimés à 1 200 milliards d’euros par an, notamment dans la défense et les technologies vertes, il réitère sa demande d’une capacité d’emprunt commun, sur le modèle des euro-obligations.
Ce raidissement diplomatique intervient dans un contexte où Donald Trump, depuis son retour aux affaires, multiplie les déclarations hostiles envers les cadres de coopération traditionnels. L’épisode du Groenland, où le président américain avait menacé d’imposer des tarifs douaniers aux pays s’opposant à ses velléités d’achat du territoire, avant de se raviser suite à un accord-cadre avec l’OTAN, illustre cette imprévisibilité que Paris demande désormais à Bruxelles d’intégrer pleinement dans sa stratégie.


