C’est un bras de fer judiciaire aux répercussions potentiellement mondiales qui s’engage en Californie. Un jury populaire de la Cour supérieure de Los Angeles est désormais chargé de trancher une question fondamentale pour l’avenir numérique : les géants des réseaux sociaux conçoivent-ils délibérément leurs plateformes pour rendre les jeunes utilisateurs dépendants ? Ce procès, qui pourrait durer plusieurs mois, oppose des familles de victimes aux mastodontes de la Silicon Valley, avec au centre des débats, la santé mentale des adolescents.
L’affaire repose initialement sur la plainte d’une jeune Californienne de 19 ans, identifiée sous les initiales « K.G.M. ». Son dossier, sélectionné comme cas représentatif parmi des centaines d’autres procédures similaires à travers le pays, vise directement les groupes ByteDance (propriétaire de TikTok), Meta (maison mère d’Instagram et Facebook) et Alphabet (YouTube). Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, les plaignants accusent ces entreprises d’avoir structuré leurs interfaces et leurs algorithmes dans un but précis : maximiser le temps d’écran et les revenus publicitaires, au mépris de l’équilibre psychologique des mineurs.
La particularité de ce dossier réside dans la stratégie juridique adoptée par l’accusation. Conscients que la section 230 de la loi américaine sur la décence des communications protège largement les plateformes quant aux contenus diffusés par des tiers, les avocats des familles ne s’attaquent pas aux vidéos elles-mêmes. L’angle d’attaque cible la conception technique des services. L’argument central est que l’architecture même des applications a été pensée pour contourner le libre arbitre des jeunes utilisateurs, créant une addiction mécanique indépendante du contenu visionné.
Alors que des dirigeants de premier plan pourraient être appelés à témoigner, l’un des acteurs majeurs du secteur a déjà choisi d’éviter l’affrontement public. L’éditeur de Snapchat, Snap Inc., initialement visé par les poursuites, a conclu un accord amiable confidentiel avant l’ouverture des débats, bien qu’il reste concerné par d’autres procédures judiciaires en cours.
Ce procès s’inscrit dans un mouvement de fond aux États-Unis, où plusieurs États ont engagé des actions contre les plateformes, notamment pour l’exposition des mineurs à des prédateurs sexuels. Une juge fédérale d’Oakland envisage d’ailleurs de regrouper ces plaintes en une action de portée nationale à l’horizon 2026. Cette préoccupation traverse l’Atlantique : en France, l’Assemblée nationale doit se pencher dès ce lundi sur une proposition de loi visant à restreindre l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, témoignant d’une prise de conscience globale des pouvoirs publics.

